KARATE – Madrid 2018 : Horne en or, Aghayev et la France 3e

KARATE - Madrid 2018 : Horne en or, Aghayev et la France 3e

KARATE - Madrid 2018 : Horne en or, Aghayev et la France 3e

A Madrid, c’était… L’heure de Jonathan Horne, la fraîcheur de Naoto Sago, les pleurs d’Ayumi Uekusa, la vigueur de Rafaël Aghayev, les belles places d’honneur de Vinicius Figueira et Burak Uygur (avec la Turquie) et… quelques malheurs.

C’était les 24e Championnats du monde de Karaté organisés du 6 au 11 novembre. Le Japon a confirmé sa montée en puissance vers « ses » Jeux, l’Iran se classe 2e devant la France et ses 2 médailles d’or, Steven Da Costa et l’équipe combat féminine. Retour sur une semaine emplie d’émotions.

 

Par Ludovic Mauchien à Madrid

 

 

Il y a les champions par accident. Il y a ceux qui auraient mérité mais qui ne le sont jamais devenus, parfois par… accident. Et il y a Jonathan Horne. A 29 ans, l’Allemand a été sacré champion du monde poids lourds en dominant le tenant du titre, l’Iranien Sajad Ganjzadeh. Fort ! En finale, il lui inflige un 5-2 grâce à un Ushiro Ura Mawashi Geri, un coup de pied retourné sauté au visage (3 points), le genre de coup qu’on ne voit plus depuis longtemps. Très fort !

Il aurait pu ne jamais le devenir, sombrant au fil des ans, échec après échec. 3e en 2008, quintuple champion d’Europe, il ne parvenait pas à accrocher une médaille mondiale. Il s’est remis en question, a modifié son approche mentale, sans jamais se départir de son objectif. Très, très fort !

Grand Winner du circuit Karate 1 et champion du monde, Jonathan Horne effectue la plus belle saison de sa carrière. De très bon augure en vue des Jeux olympiques de Tokyo, son prochain objectif.

Si le sourire était de mise chez Jonathan Horne, c’était l’heure des pleurs chez Ayumi Uekusa. Et pourtant ! Beaucoup aurait signé pour réaliser de telles performances !!! La Japonaise repart de Madrid avec juste 2 médailles, excusez du peu ! Certes, elles sont en argent, l’une avec l’équipe, l’autre en +68 kg. Ces pleurs, c’était dans la foulée de se finale individuelle. La Grecque Chatziliadou a pris sa revanche de la finale des derniers Mondiaux et s’est imposée (3-1). Jusqu’alors, Ayumi Uekusa n’avait encaissé aucun point et s’était montrée fidèle à son habitude : fine stratège et habile technicienne. Du grand art mais « mes démons m’ont rattrapée ».

Les finales de Horne et Uekusa, c’était du haut niveau ! Mais la plus belle, c’est celle qui a opposé Vinicius Figueira à Steven Da Costa (-67 kg). Ouaouhhh, ça, c’était du Karaté ! Le Brésilien ouvre les hostilités par un magnifique coup de pied (3-0). Le Français rétorque par un balayage (3-3). Figueira embraye par un Mawashi au corps (5-3). Da Costa assène un Ura Mawashi, son spécial (6-5). Il est champion du monde ! Dans cette finale 100% adidas, il y a eu deux vainqueurs, mais un seul médaillé d’or.

A 21 ans, le Français remporte sa… 7e médaille d’or en championnat international, la 2e en Senior avec son titre européen en 2016. Pour Vinicius Figueira, l’argent avait forcément un goût amer pourtant la performance est de taille. Champion panaméricain cet été, le Brésilien remporte sa 1ère médaille mondiale et beaucoup de points importants pour le ranking en vue de Tokyo.

Avec ce titre mondial, Steven Da Costa a, par-là même, grandement contribué au classement de la France, finalement 3e nation de l’épreuve. Après 3 jours de grisaille, le soleil a commencé à réapparaître avec la qualification pour deux finales. La 2e, c’est l’équipe de France féminine, brillante du début à la fin, illuminée par une Leïla Heurtault inspirée, et éclairée par des Lea Avazeri, Andrea Brito et Laura Sivert enjouées. Bilan ? Les championnes d’Europe suisses en repêchages au 1er tour, les redoutables égyptiennes championnes du monde 2014 à la trappe en ½ finale, les Japonaises à leurs chères études en finale, 2-0 ! Les Françaises, dont 3 des 4 disputaient leurs 1ers Mondiaux, ont tout simplement été éblouissantes ! Elles remportent ainsi la 5e médaille consécutive de la France, la 3e en or.

Ces chiffres sont pourtant impressionnants mais, comparés à ceux du « King », ils apparaissent presque normaux. Rafaël Aghayev a gagné à Madrid sa… 7e médaille mondiale. Certes, elle n’est pas en or et l’Azerbaïdjanais n’a pas remporté son 6e titre mondial. Il a perdu mais il ne semblait pas effondré comme c’est l’habitude en cas de défaite. Il s’est incliné face à son sempiternel rival, l’Italien Busa, en ½ finale, avant d’aller glaner le bronze sans sourciller contre l’Ouzbek Otabolaev. Rafaël Aghayev a rempli sa besace de points et, avec ceux qu’il a déjà cumulé, il a de quoi voir venir pour Tokyo.

Si Aghayev disputait ses 6e Championnats du monde, cette 24e édition a été l’occasion de voir des apparitions prometteuses de consécration, logiquement synonymes de désillusions pour de nombreux favoris tombés au front (Sara Cardin, Sadriddin Saymatov, Amir Mehdizadeh, Johanna Kneer, Thomas Scott…).

Côté fraîcheur, la Polonaise Banaszczyk (-55 kg) et la Grecque Chatziliadou (+68 kg), toutes deux sacrées, ont fait fureur. Le petit Naoto Sago aussi (-60 kg). Il n’aurait pas dû disputer ces Mondiaux. Il les a marqués de son empreinte, notamment avec une ½ finale époustouflante, remportée 10-0 face au Kazak Assadilov. En finale, malgré l’enjeu, il souriait, comme si de rien n’était ! Il a fait le combat. Avec un peu plus d’expérience, il aurait gagné. Mais il s’est fait piéger par l’Italien Crescenzo à quelques secondes de la fin (2-2, 5-2). Avec ce qu’il a montré, l’avenir lui appartient.

Lui aussi médaillé d’argent, le visage fermé de Burak Uygur contrastait avec celui illuminé de Naoto Sago. Toutes les médailles n’ont pas la même saveur… Déjà, celle du Turc a été acquise en équipe. Championne d’Europe en titre, la Turquie ne s’est inclinée qu’en finale face à d’inarrêtables iraniens, déjà champions du monde en titre. Cette 2e podium n’a pas suffi à consoler son élimination prématurée en individuel (-67 kg). Tombeur du champion du monde en titre au 1er tour, l’Anglais Jordan Thomas, il a été surpris par l’Azerbaïdjanais Hasanov au 2e (2-1). Fin de l’histoire madrilène pour le double champion d’Europe, qui résume la prestation de l’équipe turque dans son ensemble.

6 médailles, soit le 4e total de la compétition, mais aucune en or et une 12e place finale au classement des nations. Comme on pouvait s’y attendre, ces Championnats du monde ont été nettement dominés par un Japon bien aidé, il est vrai, par son Kata, les éblouissants Ryu Kiyuna (3e titre d’affilée) et Kiyou Shimizu (2e) et les deux trios en équipe, tous deux sacrés haut la main. 10 médailles en tout, 4 en or. L’Iran se classe 2e nation, avec 7 médailles (2 or, 1 argent, 4 bronze) et la France 3e (2 or). L’Espagne à domicile a peiné à transformer l’essai. Les Espagnols remportent certes 6 médailles mais une seule en or et finit 4e. C’est ce qui a aussi manqué à l’Italie, 5e (1, 1, 5). En tout, 11 pays ont remporté au moins une médaille d’or et 27 sont montés sur le podium. Un championnat dans la moyenne.