Karate – Adam Kovacs : « Aussi proche que possible du Karaté »

Karate Combat : Directeur technique de la nouvelle Ligue de Karaté Full Contact

Karate - Adam Kovacs : « Aussi proche que possible du Karaté »

Vainqueur des Jeux Mondiaux en 2009, triple médaillé mondial WKF (2e en 2004 et 2008, 3e en 2010), le Hongrois Adam Kovacs est le responsable technique de Karate Combat. Genèse, ambitions, règles… Il nous éclaire sur la toute nouvelle Ligue professionnelle de Karaté Full contact.

 

Par Ludovic Mauchien

 

Comment l’idée de « Karate Combat » est-elle née ?

Le concept vient des Etats-Unis. Les créateurs de la Ligue et de l’entreprise qui est derrière pensaient que c’était le bon timing pour lancer quelque chose dans les sports de combat. En 2016, l’UFC a été vendu pour 4 milliards de dollars. C’est devenu très populaire avec Ronda Rousey et Connor Mc Gregor. Le deuxième point est que, la même année, le Karaté est devenu un sport olympique.

Les deux additionnés montrent qu’il y a un espace à explorer, une place à prendre. Une Ligue de Karate full contact est quelque chose qui n’existe pas sur le marché des sports de combat. Le Karaté ne possède pas une ligue pro comme vous l’avez en MMA, en boxe, en tennis… Même si la WKF (World Karate Federation) tente de la faire avec la Premier League. Mais la WKF est plus sur l’aspect amateur du sport. Notre entreprise a une façon de voir différente sur la manière de promouvoir les meilleurs athlètes.

 

De quelle manière pensez-vous que la WKF va regarder l’arrivée de Karate Combat ?

Eh bien, je ne suis pas la WKF donc je ne sais pas comment ils voient notre projet. Ils ne sont pas exprimés publiquement à ce sujet. Et la WKF n’est pas une seule personne, les gens peuvent avoir un regard différent à ce sujet. Une chose est certaine, nous avons rencontré la WKF à son siège à Madrid l’année dernière. Ce n’était donc pas un secret pour eux. Nous oeuvrons pour développer une coopération avec eux.

Mais Karate Combat ne concerne pas seulement la WKF. C’est un nouveau sport, un nouvel aspect du Karaté. Bien sûr, il y a des athlètes qui sont des superstars en WKF, mais ils ne sont pas encore des superstars du monde du sport. Moi-même, j’étais un combattant WKF. J’ai remporté trois médailles aux Championnats du monde Seniors (2e en 2004 et 2008, 3e en 2010), je suis champion du monde Junior (2001) et j’ai gagné les Jeux Mondiaux (2009). J’ai forcément beaucoup de respect pour la WKF.

De notre côté, il n’y a pas de concurrence entre la WKF et cette nouvelle Ligue. Nous essayons de créer un produit qui n’est pas seulement intéressant pour les pratiquants de Karaté, mais qui s’adresse à tout le monde, qui soit télévisuel et adapté aux réseaux sociaux. Je pense que c’est aussi une bonne promotion pour la WKF parce que l’on va promouvoir ses meilleurs athlètes non seulement dans l’univers du Karaté mais aussi dans le monde entier.

 

« De notre côté, il n’y a pas de concurrence entre la WKF et cette nouvelle Ligue »

 

De nombreux champions WKF en lice pour Tokyo 2020 (Aghayev, Poorshab, Mamayev, Rojas, Ouchen…) se sont engagés. Pensez-vous qu’ils puissent faire les deux, notamment parce que la préparation est très différente ?

A long terme, bien sûr, nous ne le savons pas parce que c’est tout nouveau. Mais, ce que nous avons pu voir jusqu’à maintenant, c’est que, par exemple, Rafaël (Aghayev) a combattu à Budapest en février et, juste après, il a remporté la Premier League de Dubaï. Avoir signé à Karate Combat ne signifie pas que vous devez vous entraîner seulement pour ça. Les athlètes peuvent combattre deux ou trois fois par an au Karate Combat et, bien sûr, nous respecterons le calendrier de la WKF. Nous éviterons qu’il y ait des doublons et nous ne choisirons pas les mêmes dates.

Pour nous, les athlètes sont très, très importants. Si l’un d’entre eux se concentre sur la Premier League, les Championnats du Monde ou d’Europe, on le mettra sur la carte à une date qui lui permettra de s’entraîner peut-être deux ou trois mois et de se concentrer davantage sur l’aspect full contact du sport.

Nous encourageons tous les athlètes WKF -mais nous n’avons pas que des combattants WKF- à disputer les Premier League, les Championnats du monde et les qualifications olympiques parce que, pour nous, c’est aussi important que pour eux. Si c’est bien pour eux, c’est bien pour tout le monde.

 

Karate Combat a signé avec plus de 100 combattants de 30 pays. Comment avez-vous procédé pour les choisir ?

Nous avons une équipe technique au sein de l’entreprise, composés d’experts, y compris moi-même en tant qu’athlète. Nous avons aussi des entraîneurs de haut niveau, des arbitres de haut niveau, des experts en MMA. Tous sont parmi les meilleurs dans leur activité. Tout le monde est de très haut niveau. Nous essayons vraiment de trouver les meilleures personnes disponibles.

En rassemblant tous ces noms et en regardant les classements sur Internet, nous avons pu voir les meilleurs athlètes WKF, les meilleurs athlètes Shotokan et nous avons encore beaucoup d’athlètes qui ne rentrent pas dans ces cases. C’était très intéressant et agréable de les recruter.

 

« Différents accords avec des canaux de distribution, Facebook, YouTube… »

 

Quel est le budget global de Karate Combat ?

C’est quelque chose dont je ne peux pas parler parce que, bien sûr, c’est un secret d’affaires. Comme vous pouvez le voir sur Karate.com, les fondateurs de cette Ligue ne viennent pas du Karaté, mais du monde du business, avec une expérience sérieuse à Wall Street ou dans de grandes banques et entreprises. Nous sommes vraiment stables et des investisseurs sont aussi intéressés par l’entreprise.

Parmi les seize partenaires annoncés sur notre site, certains sont des sponsors, d’autres sont des partenaires. Nous avons différents accords avec les canaux de distribution, par exemple Facebook et YouTube. Il ne s’agit pas seulement de sponsoring classique comme donner de l’argent.

L’entreprise existe depuis un an environ. Les gars ont même commencé à travailler il y a plus d’un an. Comme vous pouvez le voir sur notre site Web, nous avons Kim Hurwitz en tant que directeur du marketing. Elle était la directrice marketing de DirectTV, l’une des plus grandes sociétés de télévision à la carte (pay-per-view) aux États-Unis.

 

Les prochains événements se tiendront à Miami (26 avril) et à Dubaï (annoncé en juin). Comment les gens peuvent-ils voir les combats ? Seulement par le pay per view ?

A ce stade, tout est en mouvement parce que beaucoup de choses sont en développement. Miami et Dubaï sont des événements sur invitation. On ne pourra se présenter et essayer d’entrer. Mais les gens pourront regarder ces événements en direct sur karate.com ou sur les canaux de distribution.

A l’avenir, nous envisageons des événements pour un plus grand public, même des événements dans des stadiums. Mais la Ligue doit d’abord se développer. Quand elle sera plus importante, nous organiserons dans des stadiums, à Las Vegas… Nous avons obtenu la licence aux États-Unis et nous souhaitons organiser dans différentes parties du monde.

 

« L’un de nos critères est que les athlètes aient un background Karaté »

 

Dites-nous en plus sur les règles. Combien de temps dure un combat ? Quelles sont les catégories de poids ?

Un combat dure 3 rounds de 3 minutes avec une pause d’une minute entre chaque. En full contact, il est très difficile de faire une catégorie Open. Au début de l’UFC, ils l’ont fait mais nous ne le souhaitons pas parce que nous ne voulons pas risquer la santé des athlètes. Nous avons donc, pour le moment, cinq catégories masculines (-67 kg, -75 kg, -84 kg, -93 kg, +93 kg) et deux catégories féminines.

 

Aux débuts de l’UFC, les écoles martiales étaient opposées les unes aux autres. Karate Combat vise-t-il à confronter les styles de Karaté et même d’autres sports de full contact (ITF Taekwondo, Sanda…) ?

A ce stade, ce n’est pas notre priorité. Nous cherchons avant tout à avoir les meilleurs combattants au monde. Nous ne voulons pas faire de comparaison entre les styles. Nous voulons juste avoir de très bons combats de Karaté et nous considérons le Karaté comme une seule entité.

Pour nous, l’un des critères de recrutement est que les athlètes aient un background Karaté, que ce soit Shotokan, WKF, Kyokushin… Nous cherchons à produire des combats qui ne ressemblent pas à du MMA, à du Kick-boxing ou à du Muay thaï. Nous voulons donc garder de longues techniques, adopter une distance de combat plus longue. Nous ne voulons pas de combats à courte distance. C’est pourquoi nous n’avons pas de coups de genou, de coups de coude ou d’uppercuts. Nous voulons que ce soit le plus traditionnel possible, comme Lyoto Machida ou même Connor McGregor à l’UFC, parce que la façon dont il se bat et la manière dont il bouge ressemble beaucoup au Karaté.

Nous voulons que Karate Combat soit aussi proche que possible du Karaté, donc nous voulons d’abord exclusivement des Karatékas. Pour le moment, nous ne sommes pas ouverts à une personne qui aurait exclusivement un background MMA ou Kick-boxing.