Judo – Khasan Khalmurzaev : « Je veux marquer l’histoire »

Champion olympique à Rio et champion d’Europe en 2016 (-81 kg), Khasan Khalmurzaev n’a connu la défaite qu’à deux reprises depuis novembre 2015. Absent lors de la dernière édition à Varsovie, blessé à la main lors des Mondiaux 2017 où il a fini 3e, vainqueur du Masters en décembre, le Russe d’origine Ingouche a marqué d’une croix ces Championnats d’Europe à Tel Aviv (26-29 avril). Rencontre…

 

Par Ludovic Mauchien

 

27 novembre 2015 – 31 août 2017. 21 mois d’invincibilité, 35 victoires d’affilée entre la finale du Grand-Prix de Jeju et la ½ finale des Championnats du monde, durant laquelle il se blessa à la main. Ca vous classe un champion !

Khasan Khalmurzaev, 24 ans, né à Nazran, en Ingouchie, 5e enfant d’une fratrie de six, le 6e étant son jumeau Khusen, 3e des Championnats d’Europe 2017 (-90 kg), est de ces Judokas qui nous font admirer la maîtrise et aimer l’art de la souplesse.

Champion du monde U17 en 2009 (-73 kg), champion d’Europe U20 en 2011 (-81 kg), champion d’Europe Seniors en 2016, l’esthète du Caucase connaît la consécration olympique à Rio.

Forfait pour les Championnats d’Europe 2017, il fait des Mondiaux à Budapest son objectif de l’année. Mais il s’incline en ½ finale face à l’Allemand Wieczerzak, blessé à la main. Il ira tout de même chercher le bronze contre le Mongol Otgonbaatar.

Depuis l’été dernier, Khasan Khalmurzaev n’a disputé que trois compétitions : les Championnats d’Europe des clubs à Ankara en novembre, le Masters à St-Pétersbourg qu’il a brillamment remporté en décembre, et le Grand-Prix d’Agadir, le 10 mars, où il s’est incliné en ¼ de finale contre le Turc Albayrac, 3e des Masters en 2016.

En route vers des Championnats du monde qu’il n’a jamais remportés (20-27 septembre à Bakou), Khasan Khalmurzaev ne connaît pas de meilleure préparation à la victoire que la… victoire.

 

Si je dis Travis Steven (son adversaire en finale des JO de Rio) …

Je l’avais combattu à plusieurs reprises dans différents tournois mais, une finale olympique, c’est un événement historique. Des deux judokas, il était le plus expérimenté et moi le plus jeune, avec un état d’esprit différent. J’ai beaucoup de respect pour lui. En finale, je l’ai respecté comme un adversaire expérimenté, qui a fait énormément d’efforts dans sa carrière pour être en finale olympique. En tant que judoka, je le considère comme un adversaire très dangereux. Je ne m’entraînais pas spécifiquement pour lutter contre ce style de judo, mais je savais comment me battre contre lui.

 

 

“Aujourd’hui, je suis allé dans mon ancien Dojo pour transmettre aux gens”

 

Le titre olympique a-t-il changé quelque chose dans ta vie en Russie?

Avant Rio, j’avais déjà l’habitude de gagner des tournois. Mais les Jeux Olympiques, c’est le top du top pour un Judoka professionnel, c’est le plus beau titre qu’il puisse gagner. Evidemment, depuis mon enfance, mon objectif était de gagner les Jeux olympiques mais, objectivement, je ne pouvais qu’en rêver.

Puis, au fil des années, à force de m’entraîner très dur, j’ai réalisé que tout était possible, que tout peut être réalisé.

À un niveau plus personnel, je suis une personne équilibrée, je pense. Bien sûr, des choses ont changé. Je suis plus populaire. Les gens me reconnaissent. Mais, rien n’a changé dans ma personnalité. Je suis toujours le même. Aujourd’hui, je suis allé dans mon ancien Dojo et j’ai parlé aux gens, j’ai essayé de leur transmettre un message.

Au niveau professionnel, j’ai réalisé qu’être champion olympique engendre une responsabilité. Disons que l’adversité est plus forte, que plus de gens regardent qui est le champion olympique et ce qui va lui arriver. Va-t-il tomber ?

 

Tu es resté invaincu d’octobre 2015 aux Mondiaux de Budapest en août 2017. Que cela signifie-t-il pour toi ?

Les statistiques individuelles ne sont pas importantes pour moi ou, disons, moins importantes. Ce qui est important, c’est la fréquence de vos victoires dans les grands tournois. Parfois, il est utile de perdre, afin de changer de stratégie, de s’entraîner de manière différente. Ma défaite aux Championnats du monde de Budapest va probablement… En fait, ce n’est pas réellement une défaite, parce que je me suis blessé à la main, même si, dans l’histoire, cela restera comme une défaite.

Les Mondiaux étaient ma première compétition officielle depuis Rio. Bien sûr, je suis allé à Budapest pour remporter la médaille d’or. J’ai essayé de gagner contre le judoka allemand en demi-finale mais, à cause de ma blessure à la main, je ne pouvais pas combattre à 100% de mes moyens, avec une efficacité maximale. En tout cas, cela m’a aidé à modifier certaines choses dans mon entraînement, dans mon attitude. Cela m’aide plus pour le futur plutôt que de penser uniquement à la défaite. Désormais, je me prépare pour les Championnats d’Europe et les Championnats du monde, où je vais essayer de faire de meilleurs résultats.

 

« Je veux gagner deux médailles olympiques dans la même catégorie »

 

Qui considères-tu comme tes principaux adversaires ? Toi-même ?

Je considère tous les combattants de haut niveau au même titre. Je les respecte tous. Leur style est différent mais leur objectif est identique : gagner, peu importe qu’ils soient Bulgares, Géorgiens, Japonais… Et, même en Russie, il y a une forte concurrence, surtout dans la division -81 kg. Mon objectif est de gagner, de continuer à remporter des médailles, de représenter mon pays au plus haut niveau à tous les championnats. Je veux marquer l’histoire du Judo russe, de mon pays. Je veux gagner deux médailles olympiques dans la même catégorie. Atteindre cet objectif est très important pour moi. 2020 est mon principal objectif. Mais il me manque une médaille d’or aux Championnats du monde…

 

Ton spécial est Uchi Mata ? Pourquoi ? Qu’est-ce qui fait la beauté de ce geste ? Que ressens-tu quand tu le fais ?

Depuis mon enfance, je suis assez grand. J’ai toujours pris l’habitude de gagner avec Uchi Mata. C’est donc devenu ma technique préférée. Et, au fil des années, j’ai travaillé pour l’améliorer. Cette technique compte parmi celles qui donnent le plus de points en combat. Elle est devenue ma technique préférée en raison de mes statistiques vue que je la réussis souvent. Et, avec Uchi Mata, c’est Ippon garanti.

 

Il y a deux ans, tu as remporté les Championnats d’Europe à Kazan en battant la légende, le Géorgien Avtandil Tchrikishvili, en finale ? Avais-tu mis en place une stratégie particulière ?

Je considère Tchrikishvili comme un grand Judoka, un adversaire de très haut niveau. Pour ce combat aux Championnats d’Europe en Russie, ma stratégie était simplement de ne pas le laisser faire. Je savais qu’il était ambidextre. La seule façon de le battre était de le contrer au Kumikata, ensuite, de faire la fameuse technique que j’ai fait avec la jambe pour le faire tomber. Donc, ma stratégie était : ne rien lâcher, aller de l’avant, être puissant, être solide au niveau des saisies et, ensuite, de l’attraper pour le faire tomber.

 

 

« Son attitude, son charisme… Mohammed Ali m’a beaucoup inspiré »

 

Qui sont tes références, tes idoles ?

Il y a une personne qui m’a beaucoup inspirée, qui a eu une influence sur ma carrière, qui a changé mon attitude professionnelle et personnelle face au sport et qui m’a fait le considérer sérieusement, mais il ne vient pas du Judo. C’est Mohammed Ali, le célèbre boxeur. Son attitude à propos du sport, sa personnalité, son charisme… m’ont beaucoup inspiré.

Sinon, il y a plusieurs judokas qui s’entraînent avec moi au club. Par exemple, Musa Mogushkov (3e des Mondiaux 2011 et 2014). Il faisait partie des tout meilleurs en 66 kg et il combat maintenant en -73 kg. Evidemment, je voulais être comme eux, vu que je les connaissais.

 

Ton frère jumeau, Khusen, est aussi un champion de Judo. Est-il ton meilleur sparring ?

Avoir un frère jumeau, surtout au haut niveau, signifie que nous nous côtoyons depuis l’enfance et que nous nous entraidons à l’entraînement. Quand l’un perd, l’autre le réconforte et l’encourage. Quand l’un obtient un bon résultat, l’autre l’encourage toujours à en faire de meilleurs. Dans la vie privée, nous parlons toujours de Judo, de l’avenir. Le Judo fait partie intégrante de notre vie. Jusqu’à un certain âge, nous étions en concurrence mais plus maintenant.

 

Qu’aimes-tu faire en dehors du Judo ?

Étant 300 jours dans l’année en compétitions ou en camps d’entraînement, je suis toujours concentré et concerné par le Judo. Quand j’ai du temps libre, j’essaie de le passer avec mes proches. Sinon, l’une de mes passions en dehors du Judo est le football. J’aime regarder et jouer au foot. Je le suis très sérieusement. Mon équipe favorite est le Real Madrid.

 

Quel conseil donnerais-tu à un jeune judoka qui rêve de devenir champion ?

Je me rends souvent au club pour rencontrer de jeunes judokas, pour les inspirer, pour les encourager. Le conseil, c’est : évidemment, avant toute chose, s’entraîner dur, être discipliné dans son entraînement. Mais le plus important, c’est de croire qu’un jour, vous écrirez l’histoire. C’est très important ! Tout objectif sur terre peut être atteint.