Lasha Shavdatuashvili : « C’est même un miracle que je sois là où j’en suis »

Judo : Il est le favori en -73 kg du Grand Slam de Paris (10-11 février)

8. Lasha - Tatami 1

Il a fini l’année 2017 en trombe avec une finale aux Masters de St-Pétersbourg. Le Géorgien Lasha Shavdatuashvili aimerait bien démarrer 2018 en fanfare en accrochant le Grand Slam de Paris (10-11 février) qui manque à son palmarès.

Le double médaillé olympique (or en 2012 en -66 kg, bronze en 2016 en -73 kg) est le favori de sa catégorie en l’absence, notamment, du Japonais Hashimoto. L’occasion de découvrir ce champion, un brin philosophe et très profond. Un mec bien, quoi !

 

Par Ludovic Mauchien

 

Quand tu as commencé le judo dans ta petite ville de province en Géorgie, t’imaginais-tu champion olympique ? 

Quand je regarde mes vieilles cassettes vidéo, mes anciens combats quand j’étais très jeune, personne n’aurait cru que je deviendrais champion olympique. Je perdais souvent et je n’étais pas si bon. Je n’avais pas réellement le profil de quelqu’un qui deviendrait champion olympique. Mais, grâce à mon travail acharné, grâce à tous mes efforts, en ne cessant jamais de lutter contre moi-même, j’ai réalisé ce que j’ai accompli.

Mon rêve était d’accomplir quelque chose de grand dans le sport, d’être parmi les grands géants, les goliaths du sport. J’ai toujours voulu que mon nom figure parmi les géants.

Je n’avais pas spécialement de bonnes conditions quand j’ai commencé le Judo mais cela a été éclipsé par mon désir d’atteindre le plus haut niveau. Plusieurs fois, j’ai pensé que je ne parviendrais pas à devenir champion olympique mais, au plus profond de mon cœur, j’ai toujours cru qu’il y avait une chance.

J’ai donc poursuivi ce rêve, même si les conditions n’étaient pas excellentes, même si les choses n’étaient pas si extraordinaires. J’ai fait tout ce que je pouvais pour remporter une médaille olympique parce que j’y ai toujours cru. C’est pour ça que je n’arrête jamais de combattre et d’essayer de gagner.

 

Tu as réalisé ton rêve de môme à 20 ans. Comment parviens-tu à te surpasser encore et encore ?

Après avoir remporté la médaille d’or à Londres, j’ai changé de catégorie. Il a donc fallu que je reparte de zéro. J’ai continué à m’entraîner dur parce que je voulais à nouveau goûter à la joie d’être récompensé de tout le travail effectué.

Je ne veux pas finir ma carrière avec une seule médaille d’or olympique. Chaque athlète rêve de devenir champion olympique. Moi, je rêve de pas en avoir qu’une seule quand j’arrêterai (il sourit).

Mais il faut réaliser que cela a été très difficile de réaliser tout ça, d’arriver au stade où je suis aujourd’hui. J’ai vécu tant de choses dans ma vie… C’est même un miracle que je sois là où j’en suis. Si je devais recommencer, je ferais exactement la même chose mais je saurais à quel point le chemin est difficile et effrayant.

 

Raconte-nous tes débuts dans le Judo à Gori avec Beka Gviniashvili et Vazha Margvelashvili…

Quand nous avons commencé, il n’y avait pas de champion dans notre club. Il était impossible d’imaginer que des enfants de notre club puissent gagner des médailles au niveau international. Mais, grâce à notre travail acharné, nous sommes tous les trois en équipe nationale. C’est ce que je veux que tous les enfants sachent.

Notre club a été fondé avant notre arrivée par un homme appelé Georgy Tenadze (3e aux JO 1988). Mais, quand nous nous y entraînions, il n’y avait pas de grands champions. On aurait voulu avoir ce genre de gros combats comme entraînement. Mais cela ne s’est jamais produit.

Nous avons donc essayé de trouver des cassettes VHS que nous nous échangions ou que nous allions regarder les uns chez les autres. Nous avons fait tout ce que nous pouvions pour atteindre le stade ultime, c’est-à-dire récolter les fruits de notre travail au plus haut niveau.

 

Que faut-il faire pour « atteindre le stade ultime » ?

Le chemin qui m’a conduit où je suis maintenant est un processus très, très sophistiqué. D’abord, vous devez savoir qui vous êtes. Ensuite, vous devez trouver ce que vous voulez faire dans la vie, puis vous devez choisir. Moi, cela a été le Judo. Ensuite, vous devez travailler dur pour vous améliorer. Au début, il y a un espoir, ensuite un rêve. Et le rêve se matérialise petit à petit.

Quand il se matérialise, il faut travailler encore plus dur pour cet objectif. Après tout ce parcours, vous avez encore un test à effectuer : vous devez combattre en tournoi, ce qui signifie tout remettre à zéro car, à la fin, il ne reste qu’un seul homme, le vainqueur.

Et si, à la fin, vous n’avez pas le certificat et la médaille, vous n’avez prouvé ni à vous-même, ni aux autres, que votre travail le méritait, même si tout le monde sait que vous travaillez dur.

Ce processus est très, très sophistiqué. Ce n’est pas simple du tout. Il y a tellement de distractions, des réflexions qui peuvent vous faire dévier… C’est très difficile de rester concentré sur un objectif.

 

Quels conseils donnerais-tu à un jeune adolescent qui rêve de devenir champion olympique ?

Avant toute chose, je lui souhaite le meilleur. Mon conseil serait de ne jamais être satisfait de son propre travail, de se contenter d’avoir fait un entraînement moyen. Quand un enfant va dormir, il doit penser à ce qu’il a fait pendant la journée. Il devrait toujours penser qu’il ne s’est pas suffisamment entraîné, qu’il n’a pas tout donné. Et, le jour suivant, il doit en faire deux fois plus que la veille. Il doit avoir soif de gagner. Il doit réellement le vouloir.

On ne rencontre jamais la réussite sans travailler dur. La chance peut permettre de gagner une fois mais pas tout le temps. Alors, il faut essayer de faire de son mieux, quel que soit son talent, et l’on obtiendra ce que l’on veut.

 

Quel est ton modèle en Judo ?

Beaucoup de personnes m’ont inspiré et j’en admire beaucoup. Si on ne va pas trop loin dans le passé, je citerais Ilias Iliadis, un grand modèle en judo. Mais j’admire beaucoup d’autres combattants parce que je sais ce qu’ils ont vécu, le chemin qu’ils ont dû prendre, toutes les difficultés qu’ils ont dû endurer pour arriver là où ils en sont. C’est pour cette raison que je les respecte tous.