Clark Gracie : « Le combat est une infime partie de l’art martial »

Jiu Jitsu brésilien : il appartient à la 3e génération de la famille Gracie

Clark Gracie : « Le combat est une infime partie de l’art martial »

Clark, c’est le fils aîné de Carley, le pionnier du JJB aux US, c’est le petit-fils de Carlos, le fondateur du Jiu Jitsu Brésilien et frère aîné d’Helio. Parmi les 150 cousins de cette 3e génération, il est parmi les plus discrets. Certainement aussi l’un des plus dédiés au JJB.

Entre combattre et enseigner, son coeur balance. A 33 ans, Clark Gracie vient de remporter le titre de champion du monde Master cet été. Il sera cette semaine en France avec son père pour le stage Adidas organisé à Bayonne le 13 septembre.

 

Par Ludovic Mauchien

 

Que préfères-tu : enseigner ou combattre ?

Combattre est une expérience très particulière, unique. C’est quelque chose que tout le monde devrait expérimenter. Enseigner a toujours fait partie intégrante de ma vie. Le combat n’est qu’une infime partie, qu’un faible pourcentage de notre expérience dans l’art martial. Et je continuerai toujours à enseigner. C’est difficile de comparer. Je prends plaisir dans les deux.

Mais, honnêtement, gagner un tournoi, gagner un match, sentir que ton Jiu Jitsu est fluide, devant des spectateurs… C’est un sentiment extraordinaire ! Mais enseigner est aussi utile pour parvenir à cette performance.

 

La transmission est-elle une valeur importante pour toi ?

Bien sûr. C’est très important pour moi de léguer une partie de l’héritage que ma famille a construit. Ma famille a créé le Jiu Jitsu brésilien et a révolutionné le monde des arts martiaux. Pour moi, appartenir à l’histoire de ce que ma famille a créé et a développé est un sentiment très particulier. Je suis très honoré de pouvoir consacrer ma vie à quelque chose d’aussi beau et qui joue un rôle particulier dans le monde des arts martiaux.

 

« Cela n’est jamais facile d’être un Gracie !… »

 

Est-ce facile d’être un Gracie ?

Non, cela ne l’est jamais vraiment ! (il rit). Il y a toujours une forme de pression. Evidemment, l’attention se porte encore plus sur vous. Même si les gens ne connaissent pas votre prénom, ils connaissent votre nom. A cause de cela, je trouve que certains ne supportent pas bien la pression. Même moi, quand je n’étais pas encore ceinture noire, j’avais déjà la pression de gagner. La génération qui nous a précédés, mon père, ses frères et ses cousins, ne perdaient quasiment jamais de combats, pour ne pas dire qu’ils n’en perdaient pas.

 

Succéder à la génération des Rickson, Rorion, Royce, Royler… C’est un challenge !…

Pour nous, ma génération de compétiteurs de la famille Gracie, et j’ai plus de 150 cousins, nous avons beaucoup de pression, rien que de savoir le succès de la génération d’avant. En même temps, maintenant, gagner une compétition est devenu beaucoup plus difficile, le niveau s’est énormément élevé. Il y a tellement de gens qui pratiquent le Jiu Jitsu aujourd’hui que la concurrence est plus élevée (il rigole).

Les gens s’attendent ce que vous gagniez à chaque fois parce que vous portez le nom Gracie, mais, dans la réalité, c’est sur le tapis que tout se révèle. Sur le tatami, vous allez devoir vous révéler, que ce soit en compétition, à l’entraînement, ou pendant un combat. Vous ne pouvez pas vous cacher derrière un nom.

 

« On apprend de chaque compétiteur, de chaque artiste »

 

Quels souvenirs as-tu gardé de ton grand-père, Carlos Gracie ?

Mon grand-père a été le premier à apprendre le Jiu Jitsu auprès du maître japonais Maeda. J’avais 10 ans quand il est décédé. Je l’ai rencontré à deux ou trois reprises au Brésil mais, malheureusement, je n’ai pas pu entretenir une relation avec lui comme je l’aurais souhaité. Mais son héritage est toujours très présent. Il était un peu le leader de la famille et beaucoup de personnes venaient le consulter pour des conseils, le respectaient et l’admiraient. Il a joué un rôle vraiment essentiel dans le développement du Jiu Jitsu au sein de notre famille.

On m’a raconté beaucoup d’histoires à son propos, comment il était en tant qu’homme… J’ai des éléments qui me permettent de mieux le comprendre. Mais, je n’ai pas pu avoir une relation proche avec lui.

 

Est-il ton modèle ? Sinon, en as-tu un ?

Je regarde et j’admire beaucoup de champions, beaucoup de membres de ma famille aussi, ainsi que des gens qui ont une belle personnalité, qui prennent soin de leurs élèves. J’admire particulièrement certains membres de ma famille qui, je trouve, ont fait de très belles choses pour le Jiu Jitsu : Renzo, Branco, Rilion, mon père, Carley Gracie… Ils m’ont tous appris des techniques et, donc, influencé mon jeu.

Je me suis entraîné avec énormément de gens, avant comme après ma ceinture noire. On prend un peu de chaque compétiteur, de chaque artiste du Jiu Jitsu. J’ai appris de beaucoup de gens.

 

« Le plus gratifiant ? Voir quelqu’un changer en bien grâce au JJB »

 

Qu’est-ce qui te fait vibrer dans le JJB ? Quel est ton plaisir ultime ?

Enseigner à mes élèves et les voir apprendre les techniques que je leur montre, puis les voir développer leur propre style en utilisant le mien, me procure beaucoup de plaisir. C’est quelque chose de spécial de voir que votre travail peut fonctionner avec une autre personne.

Le plus gratifiant, c’est de voir mes élèves gagner en compétition, voir aussi les progrès d’un enfant et, surtout, ce qui me procure certainement le plus de plaisir, c’est de voir la vie de quelqu’un changer en bien grâce à son expérience en Jiu Jitsu.

 

Quel est ton spécial, tes positions favorites ?

Je dirais, évidemment, l’Omoplata. Pourquoi ? Je ne sais pas. C’est une technique que les gens ne savent pas très bien contrer. Et je la travaille depuis très longtemps. Je parviens à la passer différemment des gens. D’ailleurs, beaucoup me demandent de leur enseigner l’Omoplata.

Le Jiu Jitsu est en perpétuelle évolution, c’est ce qui le rend beau. C’est un aspect du développement du Jiu Jitsu, de sa progression artistique.

 

« L’esprit va s’ouvrir et développer (son) propre style »

 

En dehors du Jiu Jitsu, quels sont tes loisirs ?

Avec le Jiu Jitsu, je suis amené à beaucoup voyager. J’aime beaucoup découvrir des cultures différentes, visiter le monde. Je me sens très chanceux de pouvoir partager le Jiu Jitsu à travers le monde, de voyager pour combattre, donner des stages ou visiter l’une de nos écoles. Désormais, nous avons plus grosses équipes qui se développent dans le monde. Nous partageons un truc super avec tous ces gens de par le monde : le Jiu Jitsu.

 

Quel conseil aurais-tu envie de partager, quel message aurais-tu envie de faire passer à un jeune qui rêve de devenir champion ?

Déjà, il faut qu’il vienne et qu’il s’entraîne. Il doit trouver un club où il se sentira à l’aise et pourra apprendre en s’amusant. Quand vous prenez plaisir à faire quelque chose, vous êtes motivés pour apprendre, pour progresser, vous avez envie de venir vous entraîner. Et votre esprit va s’ouvrir, va réfléchir aux techniques et vous permettre de développer votre propre style. Donc, mon conseil, c’est simplement : « entraînez-vous ». Il n’y a pas d’autres secrets. Va sur le tapis, entraîne-toi et, naturellement, tu vas devenir nettement meilleur.

 

 

Ses principales victoires

JJB

Champion du monde Master (2017)

1er des trials de la Coupe du monde Pro (2010)

Champion Panaméricain (2013)

2e des championnats panaméricains (2010, marron)

2 fois 3e des championnats panaméricains (2011, 2006 violet)

1er de la Samurai Jiu-Jitsu Pro Cup (2011)

1er de l’Open de New York (2010)

3 fois champion national (2010, 2006, 2005)

1er de l’Open de San Diego (2005)

 

No-Gi

Champion du monde (2009)

2e des Championnats du monde (2007 marron)

3e des Championnats du monde (2011)

Champion des USA (2009)

1er de la Grapplers Quest (2009)