Toma Nikiforov : « Mes tatouages signifient beaucoup pour moi »

Judo : Toma Nikiforov se dévoile en amont des Mondiaux de Budapest

Toma Nikiforov : « Mes tatouages signifient beaucoup pour moi »

Ses tatouages, ses origines, sa foi religieuse, « son » Judo, ses « stars », ses champions, son randori avec Teddy (Riner), ses « choux-fleurs »… Toma Nikiforov se découvre avant de disputer les Championnats du monde à Budapest (28 août-3 septembre).

Le champion belge d’origine bulgare, vice-champion d’Europe 2016 et médaillé de bronze au mondial 2015 (-100 kg) est reconnu pour sa bonhomie et sa jovialité dans la vie, pour son esprit guerrier sur le tatami. Eclairage…

 

Par Ludovic Mauchien

 

 

Les Championnats du monde de Budapest se profilent à l’horizon. Profitons de l’occasion pour mieux connaître Toma Nikiforov, 24 ans. Personnage haut en couleur, comme son Judo d’ailleurs, le vice-champion d’Europe 2016, 3e des Mondiaux 2015 suite à un combat épique face au Français Cyrille Maret, est né en Belgique de parents bulgares fraîchement installés à Schaerbeek.

Le Judo est sa grande passion, son moteur, son art de vivre. Mais Toma Nikiforov puise aussi son carburant dans d’autres essences. La famille, la Bulgarie (il écrit et lit le Cyrillique), la foi (il est Orthodoxe)… Le membre de la Team Adidas nous éclaire…

 

Tes tatouages ont-ils une signification particulière ?

Chacun en a une. Ces tatouages ont beaucoup de signification pour moi. Ce sont des symboles. C’est un retour à mes origines. Ils sont basés sur la Bulgarie, où je me rends régulièrement, sur ma famille, qui est vit majoritairement là-bas, sur la religion, car je suis croyant. Je suis chrétien orthodoxe. C’est pour cette raison que j’ai une croix dans le dos. C’est aussi pour cette raison que j’ai le signe d’un ancien dieu bulgare sur le torse.

Je ne vais pas tous les dimanches à la messe mais je porte toujours ma croix sur moi. Je suis croyant mais pas pratiquant à 100%. Ce n’est plus possible de l’être à temps plein aujourd’hui. Je fais de mon mieux pour être un bon chrétien orthodoxe.

 

« Content et fier d’avoir mes beaux choux fleurs »

 

Quel est ton rapport avec la Bulgarie ?

C’est mon 2e pays. Je n’y ai jamais vécu mais quand je suis là-bas, je ne suis pas du tout pris pour un étranger. Les gens sont très fiers de moi. Ils me voient comme une star, même plus qu’en Belgique. Parfois, je n’aime pas ça car je vais surtout là-bas pour m’amuser, pour voir mes potes, ma famille.

Je parle la langue, comme un vrai Bulgare, j’écris et je lis le cyrillique. J’ai été éduqué comme un petit garçon bulgare. Je ne suis pas du tout différent des autres qui habitent Sofia. La vie y est assez compliquée. Je suis quand même content d’habiter en Belgique et de redescendre parfois sur terre quand je retourne en Bulgarie.

 

Pourquoi es-tu fier de tes oreilles ?

(Il rit) Parce que c’est la marque de fabrique des combattants, des judokas, des lutteurs, des rugbymen. Quand tu es un combattant, quand tu fais un sport de combat, tu as le nez ou les oreilles pétés.

Déjà, à la base, j’ai de grandes oreilles, très décollées. Mes choux fleurs sont assez extrêmes, c’est vrai. Je les ai eus jeune. Mes oreilles sont bien amochées mais, en aucun cas, c’est un complexe. Au contraire, je suis content et fier d’avoir mes beaux choux fleurs.

 

« Mes modèles : Inoue et Iliadis. Je les regardais à la télé »

 

Quel est ton kif en Judo ?

L’affrontement direct. Par exemple, en athlétisme, ils sont dans un couloir et ils ne peuvent pas toucher leurs adversaires. En Judo, c’est vraiment du combat. Le fait de combattre avec agressivité, dans un règlement qui prône le respect et le contrôle de soi, c’est ce qui m’excite le plus. Même s’il m’est parfois difficile de le respecter car je suis quelqu’un d’impulsif.

Mon père était judoka. Il m’a mis dedans et j’ai accroché directement. Le Judo, je suis dedans depuis que je suis tout petit. C’est là que je trouve ma drogue.

 

As-tu des modèles en Judo ?

Oui, bien sûr, j’ai des modèles comme le Japonais Inoue en -100 kg. C’est une légende. Il y aussi Iliadis. Quand j’étais petit, je les regardais à la télé et je les suivais sur Internet.

Aujourd’hui, je regarde chaque compétition sur mon ordi. Je prends de tout le monde, de chaque catégorie. S’il y a un truc qui se passe en – 66 kg et que je trouve intéressant pour moi, je le prends, je l’essaye. Ça marche, tant mieux, ça ne marche pas, tant pis. J’essaie de profiter de chaque Judoka dans n’importe quelle catégorie pour améliorer mon Judo.

 

Y a-t-il des combattants qui t’impressionnent ?

Oui, l’Ouzbek Urozboev, qui fait 3e aux JO en -60 kg. Il tourne des deux côtés. C’est vraiment un gars qui m’impressionne. Complètement à l’opposé, il y a le Géorgien en +100 kg, Okruashvili. Il tourne aussi épaule gauche, épaule droite. C’est un +100 hors normes ! Il pèse 110 kg, il est très rapide et, malgré tout ça, il reste très puissant.

 

« Teddy Riner, c’est un martien ! C’est un grand plaisir de le combattre »

 

Tu ne cites pas Teddy Riner ?

(Il rit) Teddy Riner, c’est un martien ! Ce n’est pas un être humain. J’ai fait randori avec lui, à Houlgate (7-14 août). En fait, c’est tellement devenu normal qu’il soit impressionnant que les gens ne le disent plus trop. C’est un extra-terrestre depuis si longtemps ! Il est 8 fois champion du monde, 2 fois champion olympique. Ce ne sera plus possible de réaliser un tel parcours.

Pour quelqu’un qui fait au-delà des 140 kg, tout est parfait : la manière dont il se déplace, dont il se place, dont il exécute ses mouvements, ses déplacements. Oui, effectivement, il est impressionnant !

 

Raconte-nous un Randori avec lui…

C’est un plaisir parce que ce n’est pas un Judo fermé. Tu sais que tu vas tomber mais que tu vas pouvoir attaquer quand même, parce qu’il est grand et que c’est compliqué pour lui de fermer tous les trous.

Tu sais que tu vas t’amuser et, en même temps, tu sens qu’il prend beaucoup de plaisir lui aussi. En plus, je pense qu’il aime bien ma manière de faire. Je ne suis pas du style à attendre et à faire de la tactique. Je suis plus du style à rentrer dedans et à faire un randori ouvert et agréable.

Mais tu as intérêt à être bien chaud car Teddy est très puissant ! Si tu ne fais pas attention, tu peux très vite te blesser avec son poids. Cela reste un grand plaisir de combattre contre lui.

 

« J’adore le rugby. C’est un sport de combattants »

 

T’intéresses-tu à d’autres sports de combat ?

J’adore suivre le rugby. Ce n’est pas un art martial mais c’est un sport de contact, un sport de combattants. C’est un sport que je respecte énormément. Je le suis à la télé avec mon père. On est tous les deux passionnés. Je suis aussi la Boxe et le K-1. Désormais, je m’intéresse au Taekwondo car on n’a pas mal de Belges qui font de bons résultats.

En ce qui concerne le MMA, cela m’arrive de regarder quelques combats quand ils ne sont pas trop chiants. J’aime bien mais parfois, ce sont des combats qui tournent un peu trop au sol. Il faut vraiment être des spécialistes pour comprendre. Je préfère quand cela se bastonne debout.

 

Quel(s) conseil(s) donnerais-tu à un jeune qui rêve de devenir un champion ?

Mon plus beau conseil serait simplement de lui dire : « amuse-toi et combat, attaque ». C’est tout ce que je pourrais lui dire.

 

 

A suivre :

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