Loïc Korval : « Une très grande partie de moi est morte »

Judo : Il a manqué les JO, il est de retour, motivé comme jamais…

Loïc Korval « Une très grande partie de moi est morte »

Ce n’est plus le même homme ! Il a été très atteint par sa suspension, sportivement, puisqu’il a manqué les JO de Rio, comme humainement, en un sentiment où se mêlent incompréhension, frustration et gâchis.

Mais s’il a été touché, il n’a pas été coulé. Loïc Korval est de retour !... Sa gouaille résonne à nouveau, son Judo « Kalashnikov » est de nouveau armé, ou presque. Car le sieur est passé en -73 kg.

S’il sait qu’il ne rattrapera pas le temps perdu, il ne tient pas non plus à le laisser filer. Ces championnats d’Europe à Varsovie (20-23 avril) arrivent peut-être prématurément pour le Français mais il a envie de se faire plaisir… Show devant !

 

Par Ludovic Mauchien

 

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Vendredi, quand il entrera en lice aux Championnats d’Europe, cela fera précisément un an jour pour jour que le couperet tombait définitivement. Le 21 avril 2016, l’Agence Française de Lutte contre le Dopage (AFLD) confirmait officiellement l’impossibilité pour Loïc Korval de participer aux JO de Rio.

Sanctionné pour 3 manquements aux obligations de localisation entre septembre 2013 et août 2014, le Français se voyait suspendu de toutes compétitions jusqu’au 2 novembre 2016. Ni Euro, ni JO, 10 ans de boulot réduit à zéro.

Le coup est dur. Les heures sont sombres. Loïc Korval broie du noir. Son monde s’écroule. Pas lui ! Pour se relever encore plus vite, il décide de prendre le taureau par les cornes et son courage à deux mains. Direction Rio ! Il veut humer le Judo aux JO. Ce sera en tribune mais ce sera.

Tel un coup du sort, le hasard du système D fait qu’il se retrouve en colocation avec la famille de… Kilian Le Blouch, qui le « remplace » sur les tatamis cariocas en -66 kg ! De quoi ruminer matins et soirs… Avec élégance et savoir-vivre, Loïc Korval fait comme si de rien n’était.

 

« Ca a été très pénible… »

 

2 novembre 2016. Le Français est de nouveau apte. Dix jours après, il termine 2e des Championnats de France en -73 kg, sa nouvelle catégorie ! Mais, entre-temps, le 9 novembre, les démons ont ressurgi. L’AFLD lui notifie un 4e no-show (absence à un contrôle) en date du 25 septembre. Il est outré ! Il s’estime victime de « harcèlement moral ».

Dans une vidéo postée sur Facebook, il explique qu’il a rencontré les membres de l’AFLD mais que ceux-ci n’ont pas voulu effectuer le contrôle car son logement n’était pas disponible. « Je dormais juste à côté. J’ai proposé que mon contrôle se fasse dans cet appartement. Ils n’ont pas voulu. Je loue parfois mon appartement car ma situation financière est compliquée ».

Car, au-delà de la punition sportive, il y a surtout la sanction humaine, citoyenne, « l’image salie », comme il le dit, qui aboutit à une reconversion avortée et des pertes financières importantes. Entre ses recours juridiques et le retrait de sponsors, le Français estime qu’il a perdu 180 000 Euros.

L’homme n’est plus tout à fait le même. Le Judoka non plus. Il doit d’abord s’adapter aux -73 kg. Il en fait l’amère expérience en février, au Grand Slam de Paris. En ¼ de finale, contre l’Israélien Butbul, sa cheville lâche. Mais il a retrouvé la foi. Il est à nouveau en marche.

3e des Championnats du monde en 2010, champion d’Europe en 2014 (2e en -66 kg et 1er en équipe en 2015), Loïc Korval veut prendre sa revanche. A 28 ans, (29 le 15 mai), il a encore le temps. Mais il en a assez perdu…

 

« … Désormais, chaque instant est un plaisir »

 

Les Championnats d’Europe constituent ton grand retour sur la scène internationale. Comment les abordes-tu ? 

C’est sûr que c’est mon très grand retour au niveau international… En plus, je suis sélectionné dans une catégorie différente et c’est, pour moi, un véritable honneur d’avoir été sélectionné pour les Championnat d’Europe dès ma 1ère année en -73 kg.

Comment je l’aborde ?… C’est un championnat. Je n’ai pas plus d’appréhension ou de pression que cela. L’objectif est de gagner, bien sûr. Je tiens à porter les couleurs de notre nation sur la plus haute marche du podium. Je suis un combattant qui ne s’imagine pas pouvoir représenter la nation, quel que soit le championnat, et perdre ! C’est inconcevable ! (il éclate de rire).

 

Ces Championnats d’Europe représentent-ils une simple étape vers les Mondiaux ?

Non. C’est un objectif à part entière. J’ai connu tellement de désillusions l’an dernier, tellement de… Ca a été très pénible… Désormais, chaque instant est un vrai plaisir. Chaque compétition est un objectif en soi. On ne sait pas ce qui peut arriver…

J’ai bien compris, l’an passé, qu’en l’espace d’un mois, beaucoup de choses pouvaient changer ! On peut passer de sélectionné aux Jeux Olympiques à… plus rien ! Je ne sais pas ce qui peut arriver dans les prochains mois. Je n’essaie même pas d’imaginer d’ailleurs.

Pour l’instant, l’heure est aux Championnats d’Europe. Même si le véritable objectif de la saison reste les Mondiaux, il n’empêche, ces Championnats d’Europe sont un véritable objectif en soi.

 

« On ne peut pas être le même homme après… »

 

Le passé est-il une source de motivation importante ?

C’est une source de motivation, c’est certain. Il est impossible que cela ne vous reste pas en tête. Il faut s’en détacher, bien sûr, parce qu’émotionnellement ça reste trop… Il ne faut pas avoir une surcharge émotionnelle.

L’an dernier, j’ai été privé du Championnat d’Europe. Puis j’ai été privé des Jeux. De se dire que l’on va participer à un événement, qu’on est le gagnant potentiel d’un championnat et, finalement, être sanctionné, ne pas pouvoir y participer et rester impuissant face à ce qui arrive… Emotionnellement, c’est inexplicable…

Donc, lorsque l’on a la possibilité et l’honneur d’être à nouveau sélectionné pour participer à un championnat, il n’y a aucune pression à avoir. C’est vraiment un plaisir. Il n’y a pas d’appréhension, je n’ai pas de stress, juste le plaisir de pouvoir à nouveau participer à un championnat d’Europe et d’exprimer tout mon potentiel sur le tapis.

 

Cette expérience « malheureuse » t’a-t-elle changé, fait évoluer ?

C’est sûr et certain qu’une très grande partie de moi est morte. On ne peut pas être le même qu’avant. Cette expérience change passablement une carrière. Cela change même une vie !

Je n’ai pas fait les Jeux Olympiques et je n’ai pas gagné une médaille potentielle. Mais, au-delà de ça, l’atteinte à mon image a été terrible ! Au-delà de ça, il y a des pertes financières catastrophiques. Au-delà de ça, il y a aussi un futur qui était prévu, une voie de reconversion déjà bien entamée qui commençait à porter ses fruits, qui a échoué par rapport à cette image complètement salie. Il y aussi le côté psychologique où l’on se dit que notre vie a été… 10 ans de carrière ont été réduit à rien, ramené à zéro, détruit.

Forcément, quand on sort de tout ça, on ne peut pas être le même homme après.C’est juste pas possible ! Je ne sais pas si l’on est plus fort ou si l’on est plus faible après, mais on est différent.

 

« Il me fallait un nouvel élan, une nouvelle motivation »

 

Ce changement de catégorie est-il une conséquence de ta suspension ?

Oui, dans mon esprit, c’était une évidence. Mon histoire en 66 kg était terminée. Si je voulais continuer à avoir une histoire avec le Judo, ce devait forcément être dans une autre catégorie. Cela n’avait pas d’intérêt de rester en 66. Je n’avais plus rien à prouver, plus rien à désirer. Il me fallait un nouvel élan, une nouvelle motivation, de nouveaux objectifs. Cela a naturellement abouti à un changement de catégorie.

 

Tu t’es blessé au tournoi de Paris (11-12 février). Cela t’a-t-il handicapé dans ta préparation ?

La bonne nouvelle, c’est que le problème est complètement réglé. Je n’ai plus de douleur aux chevilles. Mais cela m’a handicapé jusqu’au début de la préparation pour les Championnats d’Europe (2e quinzaine de mars).

J’ai suivi une préparation adaptée mais elle a été aussi intense que celle des autres. Je suis en pleine forme. Après le temps de récupération nécessaire suite à la préparation, j’aurais mon pic de forme aux Championnats d’Europe. J’ai la chance d’être un Judoka très expérimenté. Je sais gérer ce genre de choses.

 

Où en es-tu de ton adaptation de cette nouvelle catégorie ?

Je suis forcément toujours en phase de découverte, déjà parce que les règles ont énormément changé. Tous les Judokas au monde en sont au même point. Ce n’est pas si facile que ça !

Pour ce qui concerne la performance pure, c’est assez compliqué. Je suis en phase d’adaptation. Je dois effectuer tout un travail de prise de masse, avec tout ce qui s’ensuit. Mais, même si je suis toujours en préparation, je suis déjà très bien ! (il sourit).

 

« La prise de masse, c’est pire qu’un régime ! »

 

Comment gères-tu ta prise de masse ? 

C’est un travail de longue haleine ! Il ne s’agit pas de manger tout ce que l’on peut pour que, par magie, cela se transforme en muscles ! (rires).

Je dois, bien sûr, prendre du muscle, mais aussi garder mon cardio, conserver la même capacité à bouger sur le tapis. C’est de l’adaptation.

Au Grand Slam de Paris, je pesais 72,3 kg. J’étais assez léger sur la balance. J’ai pris de la masse depuis. Désormais, après un entraînement, je suis à 74 kg. Mon objectif est d’être en complète forme pour les Championnats du monde. Mais j’ai très grand espoir que ce soit particulièrement efficace dès ce Championnat d’Europe.

 

Es-tu suivi par un diététicien ?

On a la chance d’avoir Laurie-Anne Marques à la FF Judo. Elle me suit depuis quelques années. C’était déjà ma petite magicienne pendant mes années 66 kg parce que, sur la fin, c’était assez compliqué… (rires). Par ses super conseils, elle parvenait à me faire arriver au poids.

Pour cette prise de masse, c’est elle qui suit et cela se passe relativement bien. Je ne m’attendais pas à ce que ce soit aussi difficile. C’est pire qu’un régime ! C’est bien plus plaisant, c’est sûr (rires), c’est moins douloureux, mais c’est plus compliqué ! Le muscle se dégrade très vite, il fond s’il n’est pas directement alimenté et entretenu.

 

« S’il le faut, on sortira la Kalash’ ! »

 

Tu disais qu’être sélectionné était un honneur. Est-ce aussi une surprise pour toi ?

Une surprise, non. Je me suis battu pour. Effectivement, il y a eu la malchance de cette blessure à Paris. Mais, quelque part, la bonne chance, même si j’ai du mal à dire cela, ce sont les mauvais résultats en 73 kg et, de manière générale, de l’équipe masculine. C’est ce qui a permis de me relancer dans le bain, en sachant que lors de mes 2 derniers championnats d’Europe, je repars avec minimum un titre.

Dans cette jeune équipe, je suis l’un des leaders, car le seul à être titré. Les entraîneurs m’ont pris pour ma capacité à pouvoir performer individuellement, et aussi pour ma capacité à motiver les troupes à aller chercher cette performance et à leur faire comprendre qu’il n’y a rien à craindre.

 

Parviens-tu désormais à mieux faire bouger tes « nouveaux » adversaires, plus lourds que toi ?

On va voir… Au niveau français, j’ai des repères beaucoup plus intéressants. On s’entraîne toujours ensemble, des habitudes se créent. Après, il faut voir ce que cela va donner au niveau international. Mais, sincèrement, ce n’est pas un véritable problème.

Si je n’arrive pas à les déplacer de la manière que je souhaite, je vais attaquer un peu plus à la volée, je ferais des plus gros enchaînements debout/sol, etc. D’une manière ou d’une autre, ça passera (sourire) ! J’aimerais bien planter, marquer beaucoup. Mais si ça ne score pas, s’il le faut, on sortira la Kalash’ ! (il éclate de rires).