Ilias Iliadis : « Non, je n’aime pas transmettre… J’adore ! »

Judo : JO de Rio, présent et avenir, Judo français… Hajime !

Ilias Iliadis : JO de Rio, présent et avenir, Judo français… Hajime !

Il ne s’est pas exprimé depuis les JO de Rio, depuis son élimination au 1er tour et l’annonce de sa retraite sportive. Depuis lors, il continue à s’entraîner 2 fois par jour et à transmettre son expérience lors de stages comme celui de Brétigny (91), le 2 avril.

Pour lui, il ne s’agit pas d’un boulot, c’est le Judo, c’est « sa moitié ». Le Maestro s’éclate. Champion olympique en 2004 et triple champion du monde en 2010, 2011 et 2014, Ilias Iliadis fait un break mais, à 30 ans, il n’a peut-être pas dit son dernier mot. Rendez-vous en 2018 ?

 

Par Ludovic Mauchien

 

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Le regarder partager son savoir, transmettre son Judo, partager son art est un pur plaisir à voir. Il adore ça ! Au Pôle Espoirs de Brétigny-sur-Orge (91), lors du stage coorganisé par la ligue Ile de France de la FF Judo et Double D / adidas le 2 avril, Ilias Iliadis a séduit tout son monde. C’était l’occasion de croiser ce champion d’exception et faire un point. Sa retraite pas si définitive, ses JO manqués, son amour de l’art, sa joie du partage, son regard sur le Judo français… L’esthète grec répond à sa manière…

Avec du recul, comment expliques-tu ta défaite au 1er tour des JO de Rio contre le Chinois Cheng ?

(Il rit). Rio représente une expérience très, très importante dans ma vie. J’ai perdu mais la vie continue. Je suis un homme heureux. J’ai une famille magnifique, une vie magnifique et des enfants magnifiques.

Depuis les Jeux, je continue à m’entraîner dur, je fais des stages et je partage mon expérience avec les futurs grands Judokas. Je suis vraiment heureux d’être Judoka.

« Pour ce combat (à Rio), j’étais trop détendu. J’ai perdu »

Que t’a-t-il manqué à Rio ?

Je pense que la raison pour laquelle le Judo est si beau, c’est parce que chaque athlète a sa chance. Ce combattant chinois a réussi à me saisir et j’ai perdu. J’étais prêt pour ce combat, j’étais prêt physiquement mais ainsi est le Judo, ainsi va la vie.

C’est pour cette raison que Rio est une expérience importante de ma vie. Ce que j’ai appris est que vous ne devez jamais être relax, vous devez toujours être prêt. Mais, pour ce combat, j’étais un peu trop détendu et j’ai perdu.

As-tu encore envie de combattre ou es-tu définitivement retiré de la compétition ?

Non, non, non. Ecoute, en fait, je ne sais pas encore. Pour l’instant, je veux me reposer, passer du temps avec ma famille. Donc, je ne pense absolument pas à la compétition. Je verrais où j’en suis l’année prochaine, mais, cette saison, je ne ferai pas de tournois. Je continue cependant à m’entraîner autant qu’avant les JO, soit 2 fois par jour. Mais, pour le moment, je dois me reposer pendant une année. J’en avais besoin.

« Quand je partage mon expérience, je suis tellement heureux ! »

Tu aimes transmettre, enseigner le Judo, n’est-ce pas ?

Non, je n’aime pas… J’adore ! Aimer n’est pas suffisant. J’adore vraiment cela ! Pour moi, ce n’est pas un travail. Cela n’a rien à voir avec du business. J’adore ce que je fais ! J’ai passé 20 ans de ma vie à pratiquer le Judo. C’est ma moitié. Le Judo est la moitié d’Iliadis. Quand je joue avec des enfants, quand je partage mon expérience avec eux, je suis tellement heureux !

Est-ce essentiel de transmettre son art selon toi ?

Bien sûr, et pas seulement moi. Tout le monde doit le faire ! Chaque athlète qui a été champion olympique doit le faire. Nous ne devons pas oublier d’où l’on vient. Nous sommes tous Judokas.

Et quand on est Judoka, on ne doit pas oublier comment on a commencé le Judo. Nous avons aussi été enfant. Et, je me souviens, enfant, quand j’ai vu un champion olympique, j’étais vraiment super heureux. Donc, s’il vous plaît, tous les champions olympiques, tous les athlètes de haut niveau, femmes, hommes, n’oubliez pas tout ça, tous vos souvenirs.

As-tu un club ?

Non, car je dois partager mon expérience dans le monde entier et pas seulement en Grèce, tout simplement parce que je suis un Judoka. Je ne peux pas enseigner qu’à un seul endroit. Et, je le redis, je ne dois pas être le seul à transmettre. Chacun doit penser au fait que nous ne sommes pas des joueurs de foot ou des stars de cinéma, nous sommes des Judokas.

« J’attends plus du Judo français, plus de champions »

Quel regard portes-tu sur le Judo français ?

Je suis persuadé que le Judo français possède d’énormes possibilités. Je sais que la France compte beaucoup de Judokas, beaucoup de clubs, beaucoup de coachs. J’attends donc encore plus du Judo français, plus de champions.

Que pourrait-il manquer au Judo français ?

Je ne sais pas. Comme je le dis souvent, je ne suis pas coach. Je tiens à m’exprimer en tant qu’athlète. Vous avez besoin de temps, d’expérience, pour devenir coach. Mais, ce qui me paraît essentiel, c’est qu’un coach ne doit pas considérer le Judo comme un business, comme un travail.

Le Judo est notre famille. Quand vous êtes coach, vous êtes le père d’une centaine d’enfants. Vous ne pouvez pas raisonner comme un businessman, vous ne pouvez pas considérer que c’est simplement un travail. Il s’agit de votre famille, de vos enfants.

Selon moi, un coach devrait demander à son athlète comment il se sent, quels sont ses besoins, est-ce qu’il est fatigué… C’est mon avis. Un coach doit être comme un père, pas comme un patron au boulot.

« Un coach doit être comme un père, pas comme un patron »

Que penses-tu des résultats de l’équipe de France à Rio (2 médailles d’or, 1 en argent, 1 en bronze) ?

Remporter 4 médailles est un bon résultat. Mais ma réflexion ne porte pas sur cette équipe. Je pense plus aux jeunes. Nous devons penser aux cadets et aux juniors, et pas uniquement à Teddy, Maret ou Clarisse. C’est très important.

Qui va arriver après eux ? Nous devons suivre ces jeunes. C’est important pour eux de s’entraîner avec des champions olympiques. Cela leur procure une énorme motivation.

Voir aussi :

Le stage de Brétigny : « Vous montrer comment je sens le Judo… »

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