Ilias Iliadis : « Vous montrer comment je sens le Judo… »

Judo : Le Maestro du Judo était en stage à Bretigny/Orge (91)

Judo : Ilias Iliadis à Bretigny/Orge (91)

On connaissait le combattant. On apprend à connaître le professeur. En fait, c’est le même ! Volontaire, généreux, humain, jamais avare de temps ou de sourires, Ilias Iliadis a été fidèle à sa réputation lors du stage coorganisé par la ligue Ile de France de la FF Judo et Double D / adidas à Brétigny-sur-Orge (91).

Les ficelles de l’école géorgienne, les gardes, le déplacement, l’enroulement de l’épaule… Le spectaculaire double médaillé olympique et quintuple médaillé mondial s’est donné à plein et a transmis l’essence de son Judo.

 

Par Ludovic Mauchien

 

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Eh oui ! Une fois encore, les absents ont eu tort ! Quel dommage pour eux. Il est des moments, dans une vie de Judoka, que l’on se doit de ne pas manquer. Des instants particuliers, (trop) rares, d’où jaillissent des pics d’émotion et de subjugation, des moments où l’on a l’impression de vivre l’unique.

C’était le cas, le dimanche 2 avril, au Pôle Espoirs de Brétigny-sur-Orge (91), lors du stage coorganisé par la ligue Ile de France de la FF Judo et Double D / adidas.

En ce jour, le maître des lieux se nommait Ilias Iliadis. Le champion olympique 2004, 3e en 2012, et triple champion du monde (pour faire court), s’est donné à plein, a donné toute son essence. Au-delà de son aura, c’est son engagement, sa volonté de transmettre qui a séduit. « Je suis comme vous, un pratiquant. Je vais simplement vous montrer comment je sens le Judo », a-t-il déclaré d’emblée afin de mettre tout le monde à l’aise.

 

« Je veux voir tout le monde transpirer »

 

Il n’a pas compté ses heures pour ce faire (phénomène assez rare). 2h30 de stage le matin, au lieu des 2 heures prévues. Et il a fallu l’arrêter, sinon point de déjeuner. Attention, il a prévenu tout son monde : à 14 h, chacun doit être en place, le retard à l’entraînement n’appartient pas à sa culture du Judo…

L’à peu-près, le manque d’engagement, le faux-semblant pour se donner une bonne conscience… Non plus ! Il avait prévenu : « je veux voir tout le monde transpirer ». Il n’a eu de cesse de le répéter, ou d’infliger une séance de pompes aux ados qui faisaient semblant. Car il les a vite repérés. Ceux-ci n’ont pas moufté… Ils se sont exécutés, la mine si renfrognée qu’elle en trahissait leurs pensées, et traduisait leurs mots à voix haute : « mais qu’est-ce qu’il nous fait celui-là ? Il est fou ! Des pompes parce que l’on ne s’engage pas assez en randori ! Ca va pas, non !!! ».

Mais quand c’est Ilias Iliadis qui vous le claque, le message passe… Et, au grand bonheur des quelque 150 stagiaires, le champion n’a pas été avare de conseils avisés, donnés à la volée : « ne soyez pas jaloux de la supériorité de votre partenaire, mais motivés par celle-ci pour l’imiter, voire le dépasser », « faites-en toujours plus que ce que l’on vous demande, « si vous devez faire 15 pompes, faites-en 16 », « faites toujours les choses à 100%, ne faites rien à reculons », « à travers les exemples de champions, nivelez-vous par le haut », « allez chercher l’adversaire, ne reculez pas », « quand on commence l’entraînement, on ferme les volets. On est concentrés à 100% »…

Le champion grec, qui nous a affirmé seulement faire un break mais ne pas être définitivement en retraite (il se positionnera sur ce sujet en 2018, voir son interview par ailleurs), a lié les paroles aux actes. L’échauffement de la séance de l’après-midi ? 10 fois 1 minute de randori en Ne Waza ! Ou… des pompes !

Mais surtout, Ilias Iliadis a couvert un large éventail technique, nourri par beaucoup de points de détail. Les gardes, face à un Japonais ou un Russe, le déplacement, l’enroulement de l’épaule… agrémenté des petites astuces de l’école géorgienne (il est arrivé en Grèce avec sa famille à l’âge de 6 ans), des recettes du style familial, vous savez, ces fameux détails qui font la différence. Ilias Iliadis, sur ce tatami de Brétigny, était comme chez lui.

 

« Toi, je veux te voir dans les prochains champions »

 

Une fois encore, il a fallu l’arrêter, après 2h30 d’entraînement, soit 5 heures sur la journée, au lieu des 4 initialement programmées. Son discours de fin ? Empreint d’humilité, comme à l’accoutumée… « Si je suis devenu un champion, si je suis arrivé là où je me trouve, c’est grâce à ma motivation. Contrairement aux autres jeunes de mon club, je savais que je voulais devenir un champion. C’est ce qui a fait la différence. Je vous conseille à tous de vous fixer un objectif, cet objectif, est de ne jamais abandonner, de vous entraîner dur ».

Avant de quitter le tatami, mais après le Mate des randoris bien sûr, après « l’ouverture des volets », chacun a eu droit à son autographe, à son selfie, l’un après l’autre, dans l’ordre de placement sur le tatami.

Entre les applaudissements nourris des stagiaires puis le pot de l’amitié, qui n’était pas un vain mot en l’occurrence, Ilias Iliadis a tenu à aller voir personnellement quelques jeunes qu’il avait repérés pendant la journée et leur dire tout le bien qu’il pensait d’eux. L’un d’entre eux, encore ceinture marron, a même eu droit à un : « Toi, je veux te voir dans les prochains champions. Je ne t’oublierai pas ». Si Ilias Iliadis a le même instinct en tant que professeur qu’il l’a comme champion, la relève française ne sera pas dépourvue de talent.

 

 

A suivre :

Les déclarations des stagiaires.

L’interview d’Ilias Iliadis.