Cédric Dermée : « Deux poids, deux mesures… C’est dingue ! »
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Cédric Dermée : « Deux poids, deux mesures… C’est dingue ! »

Les temps sont agités du côté des équipementiers en ce début d’année. La tempête pourrait rapidement souffler. Un vent de protestation commence à se lever. Une épreuve de force, où le plus fort va gagner, s’est engagée. Elle va opposer les intérêts de la FFJudo à ceux de ses athlètes. Le cœur du problème ? Le sponsoring collectif face à la liberté individuelle.

Un problème de fond qui a trouvé son héraut, Teddy Riner. Le héros du Judo français qui a signé avec une marque concurrente du partenaire de la FFJudo. Le bras de fer à venir entre la fédé et Teddy Riner s’annonce musclé. Ca va grincer…

Ça grince déjà pour les nouveaux Kimono Mizuno, dont l’accueil par certains internationaux est très mitigé, comme l’a publié All Judo.net… Tout sauf une surprise pour Cédric Dermée, le président de Double D, ancien de la maison France. Selon lui, c’était une évidence et cela frôle l’incompétence.

 

Le Judo devra se professionnaliser et devenir plus attractif

 

Les faits. Adidas France et Double D sont associés comme partenaires de la fédé. En ce début d’Olympiade, comme à l’accoutumée, la Fédération française (FFJDA) propose une offre à tiroir. L’un est refermé par Adidas France, qui a décidé de se retirer du Judo. Puis Double D se retrouve dans l’armoire, celle du placard,12 années de collaboration qui s’achèvent en un e-mail.

Cédric Dermée est choqué. Le président de Double D s’étonne et s’offusque de l’attitude de quelques personnes et de certains procédés employés à la FFJDA.

L’ancien international, champion de France et professeur de Judo est décidé à tout mettre en œuvre pour faire la lumière sur ce qu’il s’est réellement passé. Il demeure néanmoins très optimiste sur l’avenir d’adidas avec le Judo français. Le co-fondateur de Double D avait anticipé et cela, bien avant de savoir qu’adidas France allait se retirer du Judo.

Il souhaite continuer à renforcer ses partenariats vers les ligues, les clubs et les athlètes français et internationaux, qui seront même plus efficaces qu’un partenariat avec l’équipe de France.

 

« Un Kimono est un outil de performance, un élément technique »

 

Avez-vous été surpris par les informations publiées par AllJudo.net début février et ensuite relayées par L’Equipe ?

Non, pas du tout. Nous avions prévenu la fédération à travers nos deux interlocuteurs, Céline Géraud et Eric Villant, qui ont géré ce dossier de A à Z, lors de nos deux négociations de renouvellement de contrat à Londres pour Rio (en 2012) et à Rio pour Tokyo (en 2016). Ils n’ont rien voulu entendre, très étrangement…

Nous les avions averti que le Kimono de Judo était devenu, par une jurisprudence, un attribut personnel et, qu’à ce titre, les athlètes étaient en droit de choisir leur Kimono, et que cela allait générer des conflits.

Le Judogi est aussi, et surtout, un moyen pour un athlète de gagner sa vie à travers un contrat équipementier lors de sa courte carrière. Ils savaient parfaitement que Teddy (Riner) choisirait très probablement un équipementier autre que le nouveau choisi par la FFJudo et qu’il défendrait ses intérêts tout comme vont le faire les autres athlètes.

 

Le problème concerne aussi la qualité du Kimono porté par l’équipe de France…

Nos interlocuteurs savaient parfaitement que l’équipe de France serait obligée de porter des Kimonos « made in China » à 150 € alors que l’équipe du Japon porterait des Kimonos Mizuno « made in Japan » à plus de 300 €, avec fatalement des grandes différences, sinon la FFJudo aurait eu deux fois des kimonos en dotation. Ils ont préféré faire porter à nos athlètes des Kimonos deux fois moins chers. Ce sont donc les athlètes qui supportent le coût ! Nous leur avions dit que cette situation serait perçue comme un manque de considération pour les athlètes français.

Nous les avions aussi prévenu que de faire porter une marque japonaise était une erreur de communication et de marketing, surtout pour battre nos rivaux historiques pendant 4 ans et aux JO de Tokyo en 2020. Et, en plus, tout ceci a été fait aux dépens d’une petite PME française qui a fait un super boulot avec la FFJudo pendant plus de 12 ans.

Nous les avions également avertis que le nouvel équipementier possédait de très bons Kimonos made in Japan, ceux que porte l’équipe japonaise, mais le Kimono japonais ne correspondait pas aux attentes des compétiteurs français.

 

« Le Kimono de l’équipe de France favorise la garde fondamentale des Japonais »

 

Les attentes et les habitudes des Asiatiques et des Occidentaux sont-elles si différentes ?

Oui. Les standards des Kimonos japonais ne correspondent pas du tout à ceux de l’Europe et de la France. D’un côté comme de l’autre, nous sommes éduqués avec un type de Kimono qui va dans le sens de notre performance.

Le Kimono que porte aujourd’hui l’équipe de France favorise la garde fondamentale des Japonais. C’est une vérité absolue. Le modèle de Mizuno a un col extrêmement souple avec un grammage moins dense et c’est encore plus vrai pour le « made in China » que porte l’équipe de France.

Nous avions aussi dit à nos interlocuteurs que les Japonais détestent nos Kimonos à standards européens car ils ont un col beaucoup moins souple, cela leur rendant la prise de Kumi Kata plus difficile.

 

Quels arguments aviez-vous avancé en faveur de Double D ?

Nous leur avions expliqués que nous fabriquions les Kimonos pour l’équipe de France depuis plus de 15 ans, avec un vrai savoir-faire, et que nous équipons ces mêmes athlètes depuis qu’ils ont l’âge de faire de la compétition, donc imposer un Kimono qui n’est pas dans la culture et qui ne correspond pas aux exigences techniques des Français allait attirer beaucoup de protestation.

Notre Kimono a un col plus dur et une densité du grain de riz plus importante. Nous étions à la limite de la norme, et c’était ce que voulaient les athlètes et la fédération.

En somme, nous avons déjà perdu une bataille contre nos ennemis historiques. Le problème est que la décision a été prise par des personnes qui ne connaissent pas le haut niveau et toutes ses exigences.

 

« Les athlètes doivent rester maîtres de leur choix »

 

Double D s’adaptait aux desiderata et non l’inverse, à savoir imposer un modèle…

Il aurait été impossible d’imposer un Kimono aux athlètes car leurs demandes étaient extrêmement précises. Nous faisions même du sur-mesure pour les athlètes les plus exigeants. D’ailleurs, pour les Jeux Olympiques de Rio, nous avons refait 4 fois un kimono pour l’un des athlètes de l’équipe de France.

A ce niveau de la compétition, le Kimono est un outil de performance que seul l’athlète a le droit de choisir. Le haut niveau n’est qu’une série de détails et c’est cela qui fait la différence.

De plus, les habitudes et l’aspect psychologique sont des fondamentaux pour un athlète de haut niveau. Il y en a certains qui portent le même slip pendant toute leur carrière, donc imaginez l’importance d’un Kimono. Cela peut prêter à rire, mais c’est comme ça. Les athlètes ont été mis de côté à tous les niveaux. Cela ne se fait dans aucun autre sport et encore moins dans la vie professionnelle.

 

Quel aurait dû être le processus normal selon vous ?

Il aurait été évident de consulter les Judokas eux-mêmes, faire une étude afin de se concerter avec un ou plusieurs équipementiers, puis ensuite faire des propositions à tiroirs aux athlètes qui doivent rester maîtres de leur choix. Tout ceci avec un intérêt économique pour la fédération et une visibilité pour les équipementiers qui doivent respecter un cahier des charges de la FFJudo concernant l’équipe de France. Voilà une solution, ouverte et à l’écoute.

Vous imaginez la FFTennis imposer sa raquette à ses athlètes de Coupe Davis ? Vous imaginez des joueurs de rugby ou de football se faire imposer leurs chaussures. Vous imaginez faire imposer une combinaison de natation à un nageur de l’équipe de France où cela se joue à des centièmes de seconde… C’EST IMPOSSIBLE !!!!

 

« L’équipe de France est moins bien considérée que celle du Japon ! »

 

Mais, visiblement, ce changement correspond aux désirs de la fédération… 

Surtout à ceux qui ont géré le dossier. Je pense que Jean-Luc Rougé était loin de tout cela. Quoiqu’il en soit, cela reste un changement arbitraire pour lequel l’avis des athlètes n’a pas été pris en compte.

La FFJudo n’a pas tenu compte de tous les paramètres de communication, mais aussi de marketing ou de prise en compte juridique, et même médiatique. Tout cela pour une proposition un peu supérieure à la nôtre.

Autre exemple, l’ergonomie des trois bandes adidas permettait de juxtaposer le drapeau français ainsi que la marque, ce qui apportait une meilleure visibilité pour les deux sponsors, et une meilleure esthétique.

 

Vu le timing de publication de l’article de AllJudo.net, certaines personnes pourraient supposer que Double D a des bons copains… Que leur répondriez-vous ?

Que je garde d’excellents rapports avec la Fédération Française de Judo, avec son président et la plupart de ses collaborateurs ; que nous restons le partenaire n°1 du Judo français ; que j’adore la pertinence que peut apporter All Judo.net et que je suis uniquement copain avec les gens qui veulent faire évoluer et avancer le Judo.

Je suis Judoka avant tout, avant d’être le président de la société Double D Adidas. Je ne supporte pas ce type d’injustice. Les vérités sortent forcément un jour ou l’autre. Ce sont des athlètes qui ont contacté All Judo.net pour signaler cette réelle problématique. Cet article nous donne raison et va dans notre sens parce que la FFJudo a fait n’importe quoi, un point c’est tout.

L’article est complètement factuel. Il ne repose que sur des vérités. Et, aujourd’hui, pour faire entendre la vérité, il n’y a que All Judo.net. Ils se sont très rarement – pour ne pas dire jamais – trompé sur leurs informations.

 

« D’abord consulter les athlètes »

 

Quelle est votre position aujourd’hui ?

Nous ne voulons surtout pas entrer en conflit avec notre fédération mais nous sommes là pour défendre aussi nos intérêts, comme toute entreprise dans le monde, et ce sont ces mêmes intérêts qui nous permettent de sponsoriser le Judo français.

Nous sommes en train de consolider nos bases avec les clubs, les comités départementaux et les ligues à travers des actions précises comme des stages avec des athlètes de l’équipe de France.

Nous en avons organisé un à St-Médard-en-Jalles les 7 et 8 janvier avec Cyrille (Maret), Killian (Le Blouch), Walyde (Khyar) et Alexandre (Iddir), nos sélectionnés olympiques. Et ce stage a été incroyable.

Nous allons aussi faire venir l’une des très grandes stars du Judo Japonais. De plus, nous allons continuer les stages avec Ilias Iliadis, qui est incroyable, et aussi organiser un stage « Georgian spirit ».

Nous sommes en train de bâtir une équipe internationale qui aura une image très forte sur les compétitions internationales. À Rio, 11 athlètes médaillés portaient de l’adidas. Nous avons pour objectif de faire bien mieux à Tokyo où l’équipe japonaise devait faire un ravage en termes de médailles.

Nous sommes en train de sortir des nouveaux produits dont un kimono « made in Japan » IJF avec nos spécificités. Nous planchons également sur un Kimono « made in France ». Eh oui ! Vous avez bien entendu !

 

A titre personnel, que pensez-vous du fait que Mizuno ait un modèle made in China ?

C’est une très bonne question, et je vais vous répondre par une autre question : Qui veut acheter un produit de luxe français « made in China » ?… Personne ou alors, c’est une copie.

Nous savons que les consommateurs sont extrêmement déçus de découvrir l’étiquette « made in China » dans les Kimonos à marque japonaise car ils sont persuadés d’acheter du « made in Japan ».

C’est encore pire quand c’est du « made in Pakistan » car les Japonais n’ont pas la culture de ce type de Kimono et fabriquer là-bas est très compliqué pour eux.

 

« Chez Double D, il y a 7 ceintures noires de Judo »

 

Comment savez-vous que ces Kimonos ne sont pas appréciés ?

C’est le retour que nous avons du marché des compétiteurs et du marché en général. Nous sommes très proches des athlètes, des clubs, des entraîneurs et nous sommes surtout Judokas, professeurs et anciens athlètes de haut niveau donc nous savons de quoi nous parlons. Chez Double D, il y a 7 ceintures noires de Judo.

Nous avons surtout satisfait pendant 15 ans toutes les équipes de France à hauteur de 700 kimonos par an. Nous avons un vrai savoir-faire. Nous répondions exactement à leur demande.

 

Mais vous fabriquez des Kimonos au Pakistan ? C’est aussi moins prestigieux…

Cela s’appelle un a priori. Le Pakistan fabrique plus de 90 % de la production mondiale depuis 40 ans. Nous avons réussi avec eux en 15 ans à avoir un véritable savoir-faire avec des ouvriers extrêmement qualifiés et dans des usines modernes respectant le lourd cahier des charges d’adidas international.

Ils fabriquent la grande majorité des Kimonos haut de gamme pour le monde entier. La différence avec un « made in Japan » est d’abord psychologique et symbolique et, ensuite, c’est un choix très personnel. Il est vrai qu’au Japon, quelle que soit la marque, il y a un petit plus, notamment au niveau de la souplesse du coton.

Cela étant, nous fabriquons aussi un Kimono « made in Japan » avec des standards plus européens et il est extrêmement apprécié car ce label est un vrai label de prestige.

Il faut savoir que la principale matière permettant de fabriquer le « made in Japan » au Japon est le coton qui provient en grande partie de pays comme le Pakistan. Le Japon est un pays dit importateur qui transforme et qui exporte.

 

« On nous a laissés en plan ! Les choses ont été dirigées »

 

Le 31 décembre 2016, une longue histoire s’est donc s’achevée entre la FFJudo et Double D / adidas. Quelle est votre version précise des faits ?

Il y a eu un effet déclencheur : adidas France s’est désengagé du Judo. Mais, nous, Double D, licencié Monde adidas, avons souhaité renouveler notre partenariat jusqu’à Tokyo.

En l’absence de propositions, de suggestions, de plan, de stratégie sur les 4 dernières années, en l’absence d’un bilan de la part des gens qui sont en charge de notre partenariat à la FFJudo, nous n’avons pas pu apprécier la situation.

Tout d’abord, la FFJDA ne nous a fait aucune proposition, ce qui est quand même étonnant de la part d’une fédération de 600 000 licenciés dont nous sommes le partenaire historique avec des acquis extrêmement puissants. Ensuite, ils n’ont ouvert aucun dialogue de compétitivité. Rien, absolument rien ne nous a été proposé après 12 ans de bons et loyaux services de qualité.

 

Comment cela ?

Tout s’est passé très rapidement. L’offre a été faite à travers un « appel à consultation ». Nous y avons répondu. Puis j’ai reçu un courrier de la FFJudo pour m’informer que nous n’étions plus partenaire alors, qu’entre-temps, j’avais signifié que nous aimerions faire une contre-offre, qui était dans l’intérêt de la FFJudo.

On nous a laissés en plan, comme ça ! Tout a été fait pour nous désengager ou nous limiter dans notre proposition. C’est cela que nous n’avons pas du tout aimé. Les choses ont été dirigées.

Le renouvellement du partenariat n’a pas été négocié dans l’intérêt de la FFJudo surtout quand on sait que le responsable du nouvel équipementier avait promis de surenchérir sur le montant de notre précédent contrat que nous partagions avec adidas France.

 

« Je n’apprécie pas qu’une société française soit mise de côté de telle manière »

 

Vous semblez affecté…

Il y a eu effectivement des périodes de doute car 12 ans de partenariat, cela marque. Une rupture, quelle qu’elle soit, est toujours décevante, d’autant plus que notre relation professionnelle et personnelle avec la FFJudo était et reste excellente et que nous sommes des amoureux fous du Judo.

Je n’apprécie pas qu’une petite PME française, qui faisait un super boulot depuis 12 ans, tenue par des Judokas, dévouée fait et cause au Judo, fiscalisée à 100 % en France, qui ne fait pas remonter son argent au Japon (!), qui emploie plus de 40 personnes dont plus de 10 Judokas, qui a investi énormément d’argent dans le Judo pendant plus de 12 ans et qui continue à investir pratiquement autant d’argent chaque année, soit mise de côté de telle manière et surtout face à une multinationale japonaise, et tout ceci par des Français.

Le sport est, pour un pays, un moyen de montrer et démontrer toutes ses forces économiques. Double D représente un modèle de réussite, pas seulement pour la France, mais aussi pour la FFJudo car Double D est constitué de Judokas, dont David (Douillet) et moi-même qui sommes des fruits issus en partie de la FFJudo.

Mais tout ceci montre, s’il en était besoin, ce qui se passe dans la vie sociale et économique de notre pays, c’est tout. Un peu plus de concertation et de protectionnisme, cela ne serait pas plus mal, ne croyez vous pas ?!

 

« Les Français dans un Kimono japonais, cela me dérange »

 

Visiblement, cela vous dérange que les athlètes français puissent porter un Kimono japonais ? 

Le sport est un moyen de mettre en avant son pays, ses qualités, ses points forts, et l’équipement en est donc la représentation économique. Oui, effectivement, cela me dérange fortement et, pour tout dire, me chagrine. N’est-il pas désolant que nous, Français, portions un Kimono japonais pour aller affronter et battre des Japonais, surtout quand on connaît l’aspect symbolique du Kimono au Japon ?

Nous avons déjà fait allégeance aux Japonais avant Tokyo en portant une marque japonaise. C’est une erreur de communication et de marketing et, je le répète, les Kimonos que vont porter nos athlètes vont favoriser le Judo des Japonais.

Une pareille ineptie ne se serait jamais passée comme cela au Japon vis-à-vis d’un équipementier nippon. Le patriotisme est une question d’honneur dans leur culture ! D’ailleurs, nous avons reçu un message catégorique, le 17 février 2017, de la Fédération Japonaise de Judo pour nous signifier qu’elle préférait continuer à travailler avec Mizuno au regard du passé.

 

« Code moral : il y a un décalage entre la théorie et la pratique… »

 

Que pense le Judoka de tout cela ?

Le Judoka, qui se réfère au code moral du Judo, « entraide et prospérité mutuelles », trouve qu’il y a un décalage énorme entre la théorie et la pratique. Mais, avant même d’être Judoka, il faut être professionnel. Et c’est ce que nous étions. Ensuite, être reconnu comme un véritable Judoka est la cerise sur le gâteau.

Ces deux points auraient dû obliger la Fédération à nous réunir autour d’une table afin de trouver des solutions… Ou pas ! Et, croyez-moi, il y avait des solutions. Nous étions capables de pallier au départ d’adidas France mais, pour cela, il fallait de la matière et de la bonne volonté en face, avec des propositions… Et en cela, rien n’a été fait.

Je serais très étonné que le nouvel équipementier de la FFJudo ait signé pour 4 ans, si les représentants de la FFJudo se sont comportés à l’identique avec eux. C’est impossible !

Le renouvellement de partenariat aurait dû se faire différemment. Croyez-moi, si cela avait été géré par des personnes compétentes en la matière, nous n’en serions pas là ! Il existe tant de solutions innovantes en termes économique et de marketing qui pourraient faire l’affaire de tout le monde. Mais faut-il encore avoir les bons interlocuteurs devant soi.

 

« Nous restons partenaire n°1 du Judo en France et dans le monde »

 

Cela change-t-il votre approche stratégique du Judo ? 

Absolument pas. Nous restons le partenaire n°1 du Judo en France et dans le monde, où nous sommes partenaire d’une dizaine d’équipes nationales. Le Judo est, pour nous, une priorité.

L’arrêt de ce partenariat nous a permis de nous réadapter par rapport à un contexte global qui a véritablement changé. La société « s’ubérise », les lois ont changé, l’athlète sera forcément de plus en plus protégé car son statut est en train d’évoluer, enfin ! Les athlètes devront compter de plus en plus sur les partenaires privés car l’état se désengage progressivement des fédérations et bien d’autres aspects obligeront sous peu l’athlète et la fédération à s’organiser…

 

Cette évolution a dû contribuer à votre réflexion stratégique ?

Oui, bien sûr, et en plus, on savait depuis 4 ans (et surtout depuis 1 an) que des personnes avaient l’intention de nous écarter. Nous avons donc concentré toutes nos forces sur ce qui est notre stratégie depuis 10 ans et qui a toujours été notre volonté : nous consacrer à 100% à ceux qui font le Judo en France, qui sont les ligues, les comités départementaux, les clubs, les athlètes et les bénévoles. Donc, fort heureusement pour notre société et pour le Judo français, nous avons anticipé cet ostracisme et cette malveillance à notre encontre pour réorganiser notre stratégie.

J’aime viscéralement le Judo mais notre monde est parfois trop brutal et notre sport doit apprendre à être un peu plus souple et mettre en pratique notre code moral !

 

« Le Judoka et le club sont au centre de tout »

 

Etes-vous satisfait par la mise en place de votre nouvelle stratégie ? Concrètement, en quoi consiste-t-elle ? 

Nous sommes ravis. Nous avons signé avec 9 ligues sur 13, la plupart des principaux clubs français, ainsi que des athlètes de l’équipe de France. Nous sommes face à des présidents qui sont sur le terrain, dans le cœur de l’action, au cœur même du Judo français. Nous avons des discussions passionnantes avec des gens passionnés et qui veulent faire bouger notre sport qui en a besoin.

Nous développons avec eux des projets extrêmement efficaces pour le judo. Nous nous sentons vraiment utiles pour le Judo français. Quand tu signes avec une fédération, tu achètes une visibilité et tu attends…

Là, nous sommes au cœur du réacteur. Nous ne sommes pas que spectateur mais acteur complet du Judo. Le Judoka et le club sont au centre de tout. En cela, nous avons notre rôle à jouer.

 

Qu’envisagez-vous comme projets communs ?

Nous allons beaucoup collaborer avec eux sur les réseaux sociaux qui sont les outils de communication les plus efficaces pour mettre en avant le Judo. Nous élaborons avec les ligues une vidéo institutionnelle démontrant tout le travail qu’elles abattent et ce qu’elles représentent afin qu’elles puissent l’utiliser auprès des partenaires institutionnels et privés. Elles ont à cœur d’aider et de mettre en avant leurs départements. Il y a une richesse sur le terrain qui a une puissance incroyable.

 

On vous sent tout de même un peu revanchard ? 

Non, juste tourné vers l’avenir avec la même volonté de faire pour mon sport et notre sport, c’est tout. Notre stratégie commerciale et sportive repose sur notre communauté et tout cela correspond précisément aux attentes de la communauté.

Nous sommes tous excités chez Double D de ce nouveau challenge. Nous sommes extrêmement confiants et excités d’être au cœur même du réacteur du Judo français et d’agir pour celui-ci.

 

« Des pressions sur des athlètes ! Je confirme »

 

Quel est votre regard sur le conflit annoncé entre Teddy Riner et la FFJudo concernant le sponsoring ? 

Tout d’abord, ce qui est d’autant plus cocasse, c’est que Jean-Luc Rougé est, à ce jour, le seul Judoka français à avoir réussi à organiser une grève sur le tapis alors qu’il était athlète, afin de défendre les droits de tous les Judokas. Et, aujourd’hui, c’est à son tour d’être dans la peau d’un président qui se trouve face à un athlète qui a lui aussi de fortes revendications.

Il était inévitable que Teddy signe avec une grande marque internationale et qu’il allait entrer en conflit avec la FFJudo. Tout le monde le savait ! C’est normal qu’il défende ses intérêts. Nous sommes sur des deals énormes et tout le monde réagirait comme lui.

Il est le seul à pouvoir faire entendre les droits des athlètes car il est indépendant financièrement et médiatiquement. Il est malheureusement le seul à pouvoir faire évoluer un système qui devrait se remettre en question et qui devrait ne pas penser que les athlètes appartiennent pleinement à la FFJudo.

 

C’est un « process » qui va totalement changer la donne…

Ce qui est en train de se passer est très intéressant pour les athlètes. Teddy va soulever le problème du Kimono, qui est un des rares moyens pour les combattants de gagner leur vie.

Nous devrions être dans un cercle vertueux où chacun est à égalité dans ce qu’il apporte à l’autre, où personne n’est le supérieur ou le subordonné de l’autre. En plus, il n’y a pas que la FFJudo qui permet de former des champions. Il y a aussi les clubs, les ligues, les comités départementaux qui se battent avec des petits moyens pour apporter un soutien financier et sportif aux athlètes.

Nous sommes rentrés dans une épreuve de force et ça, c’est vraiment dommage car il y a des solutions pour contenter tout le monde.

 

« Une atteinte à la liberté individuelle… »

 

Au lieu de solutions, il y aurait visiblement eu des pressions sur les athlètes pour qu’ils ne signent pas un contrat individuel avec une marque autre que Mizuno…

Le journaliste de All Judo.net qui a écrit l’article a raison, et je le confirme : des pressions ont été exercées sur des athlètes ! Nous avons reçu deux d’entre eux avec lesquels nous allions signer. Ils se sont rétractés car ils ont eu de grosses pressions. Ils n’étaient pas en situation de lutter.

D’autres qui vont signer avec nous nous ont dit qu’ils s’expliqueraient avec leur fédération et qu’ils feraient tout pour porter un Kimono adidas et honorer l’intégralité de leur partenariat.

Heureusement qu’aujourd’hui, Teddy Riner a le droit d’avoir une telle indépendance pour faire entendre sa voix et, par conséquent, celle des athlètes, sinon rien ne pourrait évoluer. C’est dingue !

 

En gros, si tu ne t’appelles pas Teddy Riner, tu te tais et tu obéis. Deux poids-deux mesures, est-ce bien normal ?

Si Teddy arrive à porter son équipementier d’une manière ou d’une autre, cela va créer une jurisprudence pour tous les athlètes et cela serait très bien pour eux. Si Teddy n’est que l’unique bénéficiaire de ce changement, cela sera alors un scandale médiatique que devra assumer la FFJudo.

Aujourd’hui, un athlète gagne en moyenne 600 Euros par mois et se donne pleinement à son sport. Une carrière de haut niveau est une parenthèse de vie où il faut survivre dans ces conditions. Est-ce qu’un salarié accepterait de telles conditions ? Non, c’est impossible car il y a des lois qui protègent les gens.

Ne pas donner la possibilité à un athlète français de choisir son équipementier, c’est le condamner à ne pas en avoir. C’est toucher à son intégrité. Et ça, c’est juste une atteinte à sa liberté individuelle.

Cela étant, je serais, et nous serons avec Double D, quoiqu’il arrive, un grand supporter de nos athlètes français jusqu’à Tokyo car, avant tout, il faut être Français et Judoka.

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