Cyrille Maret : « Rajouter un grain de folie »
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Cyrille Maret : « Rajouter un grain de folie »

4 ans, c’est long. Surtout quand on a 29 ans. Forcément, une réflexion s’impose. Le cœur balance, entre plaisir et passion d’un côté, privation et concessions de l’autre.

Après une décennie de bons et loyaux services, ponctuée par 3 médailles de bronze en championnats d’Europe (2013, 2014, 2015), 1 médaille de bronze olympique et de nombreuses victoires en tournois internationaux, dont les 3 derniers Grands Slams de Paris, organisé cette année les 11 et 12 février par la FF Judo à l’Accorhotel Arena, Cyrille Maret aurait pu tirer sa révérence, s’éviter 4 ans de souffrance.

D’un autre côté, on parle ici d’une participation à un tournoi olympique de Judo à Tokyo, au coeur du parc impérial, dans l’enceinte du Budokan, le temple du Judo. On parle aussi d’un athlète qui vient de conquérir sa 1ère médaille mondiale, lui à qui l’on promettait tout l’or du monde il y a 10 ans. On parle donc d’un champion qui n’a pas remporté de médaille d’or en championnat international.

 

« Je prends énormément de plaisir »

 

Ce bronze olympique obtenu l’été dernier aura t’il désinhibé le colosse bourguignon ? Il l’aura en tout cas motivé pour aller chercher cet or qui le fuit, pour « accrocher (s)on cadre à l’INSEP », synonyme de titre de champion du monde ou de champion olympique.

Cyrille Maret en a les qualités, on le sait depuis longtemps. Il lui restait à en être convaincu. Sa médaille à Rio l’en a visiblement persuadé. Il est prêt à aller chercher l’or.

 

Comment as-tu géré ton après JO ?

Je me suis bien reposé. J’ai fait le choix de reprendre la compétition assez tôt par les Championnats de France (12-13 novembre) même si j’avais très peu d’entraînement dans les pattes. J’ai surfé sur la préparation des Jeux et l’euphorie de cette médaille qui a fait que j’avais encore de très bonnes sensations.

J’ai ensuite décidé de faire une descente au poids avant les fêtes de Noël pour être le plus performant possible sur ce tournoi de Paris. Je savais que j’allais retrouver les amis, la famille et que j’allais encore bien festoyer.

J’ai savouré beaucoup de très bons moments grâce à ma médaille à Rio. Puis j’ai pris le temps de me poser et de me dire : « qu’est-ce qu’on fait ? Est-ce que l’on continue ? ». J’ai fêté mes 29 ans l’été dernier. Je sais que c’est énormément de travail pour aller chercher une médaille olympique. Je l’ai effectué en amont de Rio. 4 ans, c’est très long !

 

« Tout pour aller chercher une médaille d’or »

 

As-tu répondu à ces questions ?

Oui, bien sûr. Aujourd’hui, ce qu’il faut savoir, c’est que je prends énormément de plaisir dans tout ce que je fais et rien que ça, cela n’a pas de prix ! Donc, oui, j’ai encore envie de faire des concessions pour être performant. J’ai encore envie de me donner les moyens de revivre des moments comme j’ai pu vivre cet été.

Cela passera par du travail et par une hygiène de vie irréprochable, car j’ai tendance à prendre un peu de poids et mon objectif est de rester dans ma catégorie des -100 kg.

Je veux à tout prix accrocher mon cadre à l’INSEP, ce qui correspond à être champion du monde ou champion olympique. Jusqu’à aujourd’hui, j’ai réussi de très belles compétitions en ramenant de belles médailles mais cela reste des médailles de bronze (3 aux Championnats d’Europe, 1 aux JO). Aujourd’hui, je vais clairement me battre et tout mettre en place pour aller chercher une médaille d’or.

 

Cette médaille olympique t’a-t-elle changé, t’a-t-elle « libéré » ?

Je pense qu’indirectement, elle m’a libéré. Je me savais capable de donner le meilleur de moi-même sur les compétitions. J’avais déjà battu tous les meilleurs en tournoi mais je n’avais jamais réussi à accrocher un podium de niveau mondial en championnat officiel. Cette médaille a été la réponse à toutes mes questions : « oui, j’en suis capable. Je l’ai fait ».

C’est une très belle médaille mais cela reste du bronze. Je sais que je suis capable de battre tous les meilleurs le jour J puisque je l’ai déjà effectué. Mais il va falloir le faire sur un championnat du monde. Il va falloir se préparer de la meilleure des manières d’un point de vue sportif mais également mental. L’objectif sera d’arriver à fond et le mieux préparé possible sur un championnat du monde. Et, pourquoi pas, sur les Jeux Olympiques à Tokyo ?

 

« Cela va être dur, cela va être compliqué… »

 

Quels sont tes objectifs cette année ?

Mon objectif principal sera les Championnats du monde au mois d’août, à Budapest (Hongrie). L’objectif est hyper important pour moi. Je n’ai pas de titre et, aujourd’hui, si je décide de continuer après ce que j’ai vécu cet été, cela ne sera pas pour faire 3e. Ce que je veux, c’est gagner.

Cela va être dur, cela va être compliqué. Il va falloir mettre beaucoup de choses en place, il va falloir travailler davantage. Jusqu’à aujourd’hui, j’ai essayé de mettre au maximum les choses de mon côté pour être performant, mais il doit encore manquer des tout petits détails !

Pour passer de 80% à 90%, la marge est « facile ». Mais, quand on est à 97%, arriver à 99% voire 100% de son état de forme physique, mentale, technique, c’est hyper dur ! Je vais tacher de mettre en place tous les éléments qui me permettront d’être le plus performant possible.

 

As-tu identifié des points de travail précis suite aux JO ?

Des points de travail, on en trouve toujours. J’avais démarré avant les Jeux un petit travail technique avec Darcel Yandzi qui m’a permis d’être beaucoup plus libéré sur les jambes et sur les mains. Je vais accentuer ce travail avec lui.

Je vais également garder le cap sur l’aspect physique que j’ai mis en place puisque cela m’a permis de dégager une puissance qui m’a permis de prendre le dessus sur mes adversaires dans les moments difficiles.

Il faut peut-être aussi rajouter un grain de folie qui m’a manqué sur ces Jeux, même si cela était mieux que d’habitude, et être encore plus axé sur l’offensive.

Aujourd’hui, on voit bien que le règlement va faire que l’on ne gagnera plus sur les pénalités. Il va falloir faire tomber. Pour faire tomber, il va falloir s’engager et pour s’engager, il va falloir oser.

 

« Même résultat aux JO avec le nouveau règlement »

 

Justement, que penses-tu du nouveau règlement ?

Je ne veux pas m’avancer sur ce sujet. J’ai simplement envie de voir. J’espère que cela va aller dans le bon sens. Je pense que cela va le faire, il n’y a pas de raison. Jusqu’à aujourd’hui, à chaque fois qu’il y a eu des changements de règlement, je trouvais des critiques à apporter et, finalement, cela ne me convenait pas trop mal et je trouvais que cela avait un sens.

Mon seul petit regret à chaud, c’est de ne plus valoriser le Shido, parce que ça reste un aspect tactique du combat. Sur des combats qui sont très disputés avec des adversaires de force et niveau égaux, c’est compliqué de vouloir aller à la marque à tout prix. Désormais, des personnes peuvent baisser la tête sur une phase offensive prendront Shido, mais ce sera gratuit. Je trouve ça un peu dommage. Mais si ces nouvelles règles ont pour but de faire plus tomber, ce ne sera que plus beau à regarder.

 

Ce nouveau règlement va-t-il t’obliger à modifier ton Judo ?

Je ne pense pas. Si je prends mes Jeux Olympiques par exemple, avec le règlement d’aujourd’hui, le résultat aurait été exactement le même. Au 1er tour, je mets Ippon sur Uchi Mata ; au 2e, je mets Yuko sur un mouvement, Kata Guruma, qui m’aurait été compté Waza ari, et je gagne grâce à ça.

Lors de mon ¼ de finale, je marque Waza ari sur le Géorgien (Gviniashvili, double champion du monde Juniors). J’aurais gagné avec la même marque. En ½ finale, je perds en me faisant attraper au sol. Cela n’aurait donc rien changer. Et, pour la médaille de bronze, je mets O Soto Gari et je marque Ippon. Avec le nouveau règlement, j’aurais quand même été 3e aux Jeux.

Cela prouve aussi, qu’aux Jeux, j’ai fait tomber (mes adversaires). Je ne vais pas avoir grand-chose à changer. Je vais juste devoir m’imprégner de ce nouveau règlement.

 

« Je pense être bon en Ne Waza »

 

Aux JO, beaucoup de Français, dont toi, ont perdu au sol. Est-ce que tu vas travailler plus le sol ? Vas-tu aller voir du côté du Jiu Jitsu Brésilien pour prendre une ou deux idées ?

On bosse quand même pas mal le Ne Waza au niveau de l’équipe de France. Et j’ai gagné pas mal de combats au sol, notamment lors de ma dernière victoire à Paris, où je fais un beau dégagement de jambes (en finale contre le Canadien Reyes). J’enchaîne de plus en plus en Ne Waza.

Krpalek, par exemple, qui est un très gros client en Ne Waza, je l’ai quand même étranglé au tournoi de Paris l’an passé. Je pense être bon en Ne Waza.

Mais c’est vrai que, lors de mes 3 dernières défaites contre lui, je me fais attraper 3 fois au sol. Cela reste un client en Ne Waza. Il m’use, on s’use mutuellement sur le combat et je me fais souvent gauler soit au Golden Score, soit à la fin.

Je n’irais pas forcément chercher du JJB pour apprendre des mouvements différents. J’avais un étranglement qui fonctionnait bien mais qui a été interdit, l’étranglement avec la jupe, qui vient du JJB.

Le Ne Waza est quelque chose que j’affectionne, que j’aime beaucoup. Il faut aussi savoir bien se défendre. Je sais le faire mais, sur des partenaires de très haut niveau au sol, cela peut arriver de se faire attraper.

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