Walide Khyar : « Je ne veux plus avoir de défaites »

Judo : Les JO de Rio, les Mondiaux, le Grand Slam de Paris… Il se livre

Walide Khyar : « Je ne veux plus avoir de défaites »

A Rio, il est tombé de haut. Lancé dans son incroyable élan, qui l’a vu passer de la 50e place mondiale à champion d’Europe en l’espace de 3 mois, il a connu le vertige de la défaite au 2e tour des JO. Un monde s’écroulait…

A en parler, il en a encore la chair de poule. Il lui a fallu du temps pour s’en remettre. Mais… He is back ! Désormais, une seule idée l’obsède : « comment vais-je faire pour tout gagner ? ». Walide Khyar, 21 ans, a déjà montré que l’impossible pouvait devenir réalité. Les paris sont ouverts…

 

Par Ludovic Mauchien

 

Perdre aux JO, c’est une chose. Perdre au 2e tour à 3 secondes de la fin sur une erreur que vous avez déjà commise, c’est un coup à vous faire perdre le bon sens, à vous briser l’envie de vous faire mal, à vous casser le moral pour de bon…

Ce fut le cas pour Walide Khyar. Les jours qui ont suivi son élimination, à le voir errer au Club France, à Rio, l’âme en peine, l’esprit ailleurs, le combattant français traînait son spleen comme un boulet. Il lui fallait digérer. Pas oublier, impossible !

Mais le spleen et la mélancolie ont rapidement fait place à la fougue et la folie, à cette force qui lui a permis de connaître une ascension fulgurante. Il y a tout juste un an, à l’aube du Grand Slam de Paris organisé par la FFJudo, il pointait aux environs de la 50e place mondiale et il était considéré comme le n°3 français, derrière Vincent Limare et Sofiane Milous.

 

« Après les Jeux, j’ai eu des moments de mou »

 

En 8 mois de temps, il est passé n°1, il a gagné le championnat d’Europe et il a été sélectionné aux JO (en -60 kg). C’est dans cet état d’esprit que Walide Khyar, 21 ans, aborde ce Grand Slam de Paris, qui l’a réellement fait jaillir aux yeux du public l’an dernier. Et, dans son esprit, ce n’est qu’une 1ère étape… Depuis qu’il a repris l’entraînement, le 5 octobre, il n’a plus qu’une idée en tête : « comment je vais faire pour ne plus perdre ? ».

Sa 1ère compétition depuis les Jeux, le 28 octobre à Malaga (European Cup), il la gagne en -66 kg. Avant le Grand Slam de Paris organisé par la FFJudo (11-12 février à l’AccorHotels Arena), le champion d’Europe revient sur ses derniers mois.

 

Comment vas-tu ? As-tu digéré ton revers des JO de Rio ?

Cela va très bien ! Après les Jeux, j’ai eu des moments de mou. Je ne me sentais déjà vraiment pas bien quand j’étais encore à Rio. J’ai loupé le coche alors que j’étais prêt pour faire une très bonne compétition.

Comme cela n’allait pas bien, j’ai pris beaucoup de vacances. Je suis parti en Malaisie, je suis parti voir ma famille au Maroc, je suis allé voir des amis en France. J’ai pris le temps de bien respirer avant de reprendre l’entraînement.

 

« Cette défaite m’apprendra plus que 10 ans d’entraînement »

 

Tu en avais tant besoin ?

Oui, j’avais besoin de cette coupure. J’ai calculé que cela faisait 8 ans que je n’avais pas pris plus de 10 jours de vacances. 8 ans ! Et je n’ai que 21 ans ! Cela m’a fait beaucoup, beaucoup de bien !

Mais, au bout de deux semaines, je reprenais déjà le sport. J’allais courir. Je m’entretenais trois fois ou quatre fois par semaine. Je ne pouvais pas seulement rester assis et profiter. Je n’y arrivais pas. Ce n’est pas dans mes habitudes.

J’ai fait un peu de Judo dans des clubs. Je suis allé voir des amis. Je me suis quand même entraîné, mais c’était du plaisir, simplement pour garder la forme.

 

Que retires-tu de ton expérience olympique ?

Cette défaite m’apprendra plus que 10 ans d’entraînement. J’ai beaucoup appris sur ces Jeux Olympiques. En fait, c’est une compétition comme les autres. C’est juste qu’il faudra la prendre autrement la prochaine fois.

Au-delà de ça, c’était un très beau moment. C’est le rêve de tous sportifs de faire les Jeux Olympiques. C’est sûr, j’étais déçu, j’étais triste, j’avais beaucoup d’émotion, mais au-delà de tout cela, j’étais très content de les avoir fait.

 

« C’était dur… C’était vraiment dur… »

 

Qu’as-tu appris ?

Cela m’a beaucoup appris d’un point de vue psychologique. Je pense que ce combat va changer beaucoup de choses dans mon Judo, enfin, pas dans mon judo, mais plus sur le fait que, quand je mène un combat, je ne suis pas obligé d’aller chercher l’adversaire.

 

Quand on a connu une si grande déception, parvient-on à l’oublier ? Comment se remotive-t-on derrière ?

Je n’ai pas oublié, je ne l’oublierais jamais. Je vais vivre avec. Dès je suis sorti de mon combat contre le Brésilien (Kitadai), la première chose que je me suis dit dans ma tête, c’est : « je gagnerai les Jeux la prochaine fois », « comment vais-je faire pour les gagner ? », « comment faire pour ne pas rééditer les mêmes erreurs, pour ne pas me retrouver dans la même situation ? »…

Je me suis posé pas mal de questions. Parce que c’était dur… C’était vraiment dur… Quand je suis allé au point presse, je me suis effondré. Je n’arrivais plus à parler. Je ne trouvais pas les mots. Quand je suis allé voir ma famille, ça a été la même chose. Rien qu’en parler me donne des frissons.

Mais je ne me suis pas dit une seule fois que j’avais le temps. Je voulais reprendre dès le lendemain.

 

Pourquoi couper pendant un mois alors ?

J’ai beaucoup parlé avec ma famille, avec mes entraîneurs. Ce sont eux qui m’ont forcé à partir en vacances. Ils m’ont dit : « arrête-toi et essaie de ne plus y penser ». Mais ils savent que c’est impossible de ne plus y penser. Cela fait partie de moi, c’est ma vie.

Comme je l’ai dit, à ma sortie de tatami à Rio, juste après ma défaite, je n’avais qu’une chose en tête : « comment vais-je faire pour gagner les Jeux ? Comment vais-je faire pour gagner les Championnats du monde ? Comment vais-je faire pour tout gagner ? Comment je vais faire pour ne plus perdre ? ».

Et j’étais motivé. Le soir même, je suis parti faire un footing d’1h30. Je voulais me défouler. J’avais tellement d’énergie ce jour-là… Je ne l’ai pas toute utilisée. J’avais envie de la dépenser.

 

« Mes frères pleuraient. Ma mère souriait. Elle était fière »

 

As-tu douté de tes capacités ?

Je me suis remis en question mais je n’ai pas douté de moi une seule seconde. J’ai la chance d’avoir un entourage qui me conseille très bien, mes frères, ma mère, qui n’ont pas douté une seule fois de moi.

Bien sûr, cela m’a fait mal de voir mes frères pleurer quand je suis sorti de mon combat perdu. Je n’ai pas l’habitude de les voir pleurer… Mais ma mère, elle, souriait. Elle était contente d’être là, à Rio, quoiqu’il arrive. C’était déjà une fierté pour elle de me voir aux Jeux. C’est quelque chose qui m’a aidé à moins y penser ou à moins dramatiser. Heureusement qu’ils étaient là !

 

Quelles sont tes ambitions pour 2017 ?

Tout gagner ! (il sourit). Vraiment ! J’ai loupé le coche aux Jeux mais, maintenant, je n’ai plus envie, je ne veux plus avoir de défaites. Je veux tout gagner !

 

Cela passe par une victoire à l’Open de Paris…

Cela commence par la World Cup au Portugal, une semaine avant Paris, où nous, les 4 Français (avec Vincent Limare, Vincent Manquest et Cédric Revol), on sera en concurrence, tout comme au tournoi de Paris ensuite.

J’espère disputer un Championnat d’Europe, j’espère participer à un Championnat du monde et à plein d’autres tournois aussi. Tout ce que je voulais faire l’an dernier et que je n’ai pas pu faire, j’espère y parvenir cette année.

 

 

« Le Grand Slam de Paris, c’est un kif ! »

 

Le Grand Slam de Paris est-il un tournoi particulier pour toi ?

Oh oui, il est particulier. C’est un kif pour moi ! J’ai participé une fois. J’ai fait une médaille et c’était un truc de malade. C’est une compétition qui n’est pas comme les autres ! Quand je demande à des athlètes étrangers leur tournoi préféré, tous me répondent Paris !

C’est une belle organisation, un beau tournoi, il y a de l’ambiance… Tout ce que j’aime, en fait. S’il pouvait y en avoir un tous les week-ends, je le ferai ! Il y a tout le monde, les amis, les proches, la famille. Tout le monde crie. Ils sont devant le tapis, ils sont comme des fous ! Il y a un super public. C’est magnifique ! C’est un grand plaisir d’y participer.

 

Pour toi, en plus, il correspond à l’acte de naissance d’une histoire assez folle…

Exactement ! En fait, cela a commencé un peu avant avec ma saison Junior où je fais champion d’Europe et médaillé aux championnats du Monde, et où je gagne une médaille en Grand Prix en Chine.

Mais c’est suite au Grand Slam de Paris l’an passé que les gens ont commencé à me connaître. C’est là où j’ai commencé à marquer les esprits.

 

« Je vais garder ma fougue, ma folie mais… »

 

Par conséquent, 2017 voit l’arrivée du nouveau Walide, plus expérimenté !

Tout-à-fait ! J’espère en tous cas ! J’espère que je ne ferais plus les mêmes erreurs parce que je les ai déjà faites beaucoup, beaucoup de fois. L’an dernier, en demi-finale du Master, je mène Yuko et 2 Shido à 15 secondes de la fin et je prends un Waza-ari.

La 1ère chose que Stéphane Frémont, l’ancien entraîneur n°1 des garçons, m’a dite, c’est qu’il valait mieux que cela m’arrive maintenant plutôt qu’aux Jeux. Ca m’a fait réfléchir. Et cela m’arrive encore aux Jeux ! C’est même pire car c’était à 3 secondes de la fin du combat… Enfin, bref…

Ce sont des choses qui ne doivent plus arriver. J’espère que dorénavant, ce sera le Walide plus expérimenté qui ne fera plus les mêmes erreurs, qui aura changé depuis les Jeux Olympiques.

Après, je vais garder ma fougue, je vais garder ma folie. C’est ma force. Je ne me pose pas de questions quand je monte sur le tapis et cela ne changera pas. Mais je vais le faire plus intelligemment.