Yann Baillon : « On est les meilleurs au monde en combat »

Karaté : Bilan de l’équipe de France aux Mondiaux

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Avec 9 médailles (3 en or, 2 en argent et 4 en bronze), la France achève ces Championnats du monde de Karaté à la 2e place derrière l’incontournable Japon. En combat, elle se classe même meilleure nation mondiale devant l’Iran et l’Egypte. Yann Baillon, le head coach tricolore, est aux anges.

 

Par notre envoyé spécial à Linz (Autriche), Ludovic Mauchien

 

 

La France gagne une place par rapport aux Mondiaux 2014 en terminant 2e nation. Vous devez être satisfait ?

Je suis très, très satisfait. On se place dans beaucoup de catégories. Certes, on ne fait pas une super 1ère journée mais on rebondit derrière en faisant une 2e journée fantastique.

Nous n’avions pas eu autant de médaillés chez les garçons depuis 2004. En général, c’était un titre ou une médaille, pas plus. Cette année, on a 3 podiums avec Sofiane (Agoudjil, -60 kg), Kenji (Grillon, -84 kg) et Steven (Da Costa, -67 kg), plus l’équipe. On est donc à plus de 50% de médailles possible.

Chez les filles, on fait un beau carton. Il y a deux ans, seule Alizée (Agier) était titrée. L’équipe avait disputé la finale mais les filles étaient passées à côté. Là, elles ont pris le taureau par les cornes. Elles n’ont rien lâché jusqu’à la fin. Elles ont été extra !

D’un point de vue global, en combat, on est 1ère nation devant l’Iran, l’Egypte, le Japon. C’est du costaud. On est devant les cadors mondiaux. Et, en Kata, ils se sont bien dérouillés aussi.

 

« La cohésion, notre fil conducteur »

 

En plus des résultats, on a noté un très bon état d’esprit et une forte cohésion des Français. Etait-ce important pour vous ?

C’était notre fil conducteur sur toute la préparation pendant 6 mois. On a fait un gros travail qui a payé. Il y avait une cohésion énorme. On a fait confiance aux jeunes, à ceux qui avaient performé à Montpellier, aux Championnats d’Europe. On n’a pas trop mis de concurrence. On a travaillé sur la cohésion et la mise en confiance. On avait ainsi une équipe soudée et prête à relever le défi. Ce n’est pas toujours le cas. Souvent, on est dans la réaction. Cela se joue le dernier jour.

Le 1er jour, ce n’est pas qu’on passe à côté, c’est qu’il y avait meilleur en face. Sur la 2e journée, on a pu se replacer parce que tout le monde était déterminé, prêt pour ça. J’ai senti des athlètes qui étaient prêts pour l’événement.

Par le passé, il y a eu des générations très soudées mais il y en a aussi eu d’autres où il y avait des clans. Aujourd’hui, chacun a son objectif, chacun se respecte, tout le monde est là pour les autres. On a formé un groupe. Et je pense sincèrement qu’il n’est pas encore à maturité, en termes de cohésion. Dans 2 ans, il le sera et cela peut faire mal.

 

« C’est trop tôt pour parler des Jeux »

 

Peut-on parler d’un groupe France estampillé JO 2020 ?

4 ans, c’est très long. C’est un groupe très jeune mais il peut se passer beaucoup de choses. Les Jeux, c’est bien mais cela va mettre beaucoup de concurrence car il y a très peu de place. En plus, ce ne sont pas des places franco-françaises, ce sont des places qu’il faudra aller chercher au niveau mondial.

On ne peut donc pas se référer à ce groupe pour les Jeux. C’est trop tôt. Il y aura forcément des athlètes de ce groupe qui seront aux Jeux, mais pas beaucoup. Il y aura 3 catégories et, entre un collectif de 20 personnes et 8 places en comptant les Kata, cela change la donne.

Et ce n’est pas 8 places pour les Français. Il faudra qualifier tout le monde, ce qui serait un exploit. On verra dans 2 ans, quand les qualifications commenceront, si cela aura un impact négatif ou positif sur le groupe.

Pour l’instant, on tient notre ligne de conduite, c’est-à-dire qu’on veut remonter l’équipe de France, ce que l’on fait petit à petit. On est 2e nation mondiale à ces championnats du monde, ce qui est un objectif plus que rempli. Nous avions annoncé que l’on voulait se rapprocher des meilleures nations, être sur le podium, aller le plus haut possible. A titre personnel, c’est plus qu’une satisfaction. On est les meilleurs au monde en combat.

 

« Steven n’apprécie pas cette 3e place. Il a raison »

 

Il y a tout de même eu une déception avec Steven Da Costa, qui finit 3e, car on en attend tellement. Est-ce votre cas ? 

Je suis déçu pour lui, je ne suis pas déçu par lui. Il est jeune, il a besoin de prendre encore en expérience même si, à son âge, il en a déjà beaucoup. C’est même hallucinant. Il a un talent fou mais le talent ne fait pas tout. Il en a conscience. Maintenant, je pense qu’il a analysé pas mal de choses sur ce championnat qui va beaucoup le servir pour la suite.

Il est très déçu. On a vu qu’il n’apprécie pas cette 3e place. Il l’appréciera un peu plus avec le temps. Finir 3e à 19 ans pour son 1er Mondial, ce n’est pas mal. C’est un jeune qui est là pour gagner et il a raison. Il a raison de réagir comme ça car c’est la culture de la gagne avant tout. Il ne se satisfait pas du minimum. Il veut le Graal, et le Graal, c’est l’or.

Quand on parle de Jeux, Steven est dans les clous. S’il se qualifie, et je ne doute pas de sa capacité pour y parvenir, c’est un potentiel futur champion olympique du Karaté français. Mais il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs, il ne faut pas lui porter la poisse.